Jean-Marie Villemot, Ce monstre aux yeux verts
Ce deuxième opus des aventures du Père Abel Brigand nous fait voyager dans un drame en abyme issu de la plume de Shakespeare himself !
Le père Abel Brigand, détective à ses heures perdues, curé de la paroisse de Montmorency sinon, reçoit la visite de Paul Chabert, cinéaste primé à Cannes par le passé. L’histoire semble abracadabrante et aux confins du crédible. On nage en plein Hamlet. Shakespeare est omniprésent et ce n’est pas le fils Chabert, Nicolas, qui nous prouvera le contraire. J’ai tué, papa. Mon crime est puant. Quel fou ai-je été !, s’exclame-t-il avant de se jeter en moto contre un mur et de sombrer dans un coma profond en apparence. Propos shakespeariens tout droit issus de Hamlet et d’Othello. Le coupable est trouvé. Reste la victime. Et les victimes se bousculent au portillon. Abigaïl et Anaïs, deux « amies » de Nicolas, suicidées, à ce qu’il semble. Et que dire de l’ombre planante de La toute belle, héroïne dénudée de Jour après jour, Palme d’or à Cannes et amante disparue de Pérouse ? Pérouse, « fils spirituel » de Chabert, brouillé avec ce même Chabert et qui tient maintenant une école de théâtre où Nicolas, Abigaïl et Anaïs se sont croisés. Mais ces victimes ne peuvent être LA victime. Alors, qui est-ce ?
Abel se retrouve menant l’enquête aux côtés du commissaire Brizalekou, une Africaine émigrée de Côte d’Ivoire et lesbienne qui se verrait bien aimer de nouveau l’autre sexe par l’entremise du curé de Montmorency. Docteur Abel y découvre Shakespeare et son exploration de l’âme humaine pendant que Mister Brigand arpente la Fnac des Halles et son rayon Jazz.
Toute son enquête sera menée dans le plus grand secret et seule l’énigmatique Gabrielle sera tenue informée grâce à des lettres alors que Lulu, le chat, se vautre dans les appartements paroissiaux.
Prenez une once de Sherlock Holmes, une grosse poignée de Shakespeare, mélangez tout ça à la sauce Villemot et vous obtenez Ce monstre aux yeux verts. Un récit touchant, prenant, intriguant. Entre écrivains et citations littéraires réels (Shakespeare, Giraudoux) et imaginaires (Chabert le cinéaste, Cicluna, auteur de la nouvelle ayant inspiré Jour après jour, le film) Abel Brigand, au patronyme défiant Dieu, patauge au milieu d’un drame bien plus que… dramatique ! Le style est parfait, la trame hautement intéressante malgré l’appréhension qu’on en a. Une seule attente. Celle du retour d’Abel « Miss Marple » Brigand dans une autre de ces enquêtes montmorenciennes dont il a le secret.
julien védrenne
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Jean-Marie Villemot, Ce monstre aux yeux verts, Rivages Noir, 2004, 339 p. – 9,00 €. |
