Jean-Bernard Pouy (texte)/ Stéphanie Léonard (photographies), La Vie payenne
Avec ce roman noir illustré de photos de Stéphanie Léonard, Jean-Bernard Pouy nous fait découvrir un quartier parisien…
« Noir urbain » est la dernière collection de chez Autrement dirigée par Claude Mesplède sur une idée d’Henry Dougier. Comme le stipule la quatrième de couverture, l’idée est simple mais forte : « Un lieu, un auteur, une photographie, une fiction : le grand roman noir de la ville aujourd’hui. » On y retrouve les éléments chers à Henry Dougier. Le livre doit nous amener à nous fondre dans le paysage d’une ville. Ça avait déjà été le cas avec Romans d’une ville, toujours chez Autrement, ça l’est encore plus avec Noir urbain. On ne se fond plus dans une ville mais dans un quartier.
Jean-Bernard Pouy est un des auteurs de la première fournée. Avec La vie payenne, il nous embarque au square Georges Cain, près de la rue de Turenne, le tout agrémenté de photographies en noir et blanc de Stéphanie Léonard. La mayonnaise a un peu de mal à prendre car Jean-Bernard Pouy nous plante le décor à sa manière, sèche et abrupte, avec quelques fioritures de son cru et beaucoup d’affect. L’histoire est simple : une bande de copains gravitant autour d’une fille – Pascal, Romain, Bernard, Sylvie et Mathieu – tous philosophes, artistes, utopistes promis à un avenir qu’ils savent ne pouvoir atteindre, se promettent de se retrouver dans le square « Payenne » Georges Cain au bout de dix ans sans s’être contactés le moins du monde entre temps.
Dix après, donc, pour Pascal, le narrateur, l’heure est au bilan. Et il n’est pas rose. Une vie glauque et amère, une compagne qu’il n’a pas su retenir. Sylvie arrive. Elle sera la seule. Au nom de ses foutus idéaux Mathieu a disparu au Mozambique. Bernard, lui, s’est suicidé à l’alcool. Quant à Sylvie, elle a enfreint la règle principale, celle de ne revoir aucun des membres du petit cercle : elle s’est mariée à Romain, poète enfin confirmé et apprécié de ses pairs, pour mieux le voir sombrer dans la déchéance physique. En effet, victime de sa connerie au volant, Romain a été victime d’un accident et est maintenant tétraplégique. Tout bascule lorsque Sylvie demande à Pascal de venir voir Romain et qu’elle lui demande de l’aider à mettre fin à se jours… Un texte court, rapide, noir.
Toute la beauté mais aussi toute la noirceur de la vie. On pourrait y voir un profond défaitisme de Jean-Bernard Pouy, on devrait y voir l’inanité de notre vie !
julien védrenne
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Jean-Bernard Pouy (texte)/ Stéphanie Léonard (photographies), La Vie payenne, Autrement « Noir urbain », 2004, 75 p. – 5,00 €. |
