Jean-Denis Bredin, L’infamie, le procès de Riom, février – avril 1942

Jean-Denis Bredin, L’infamie, le procès de Riom, février – avril 1942

Une petite piqûre de rappel bien utile

Il y a 70 ans, de février à avril 1942 s’est tenu le procès de Riom. Ce petit ouvrage du grand Bredin (auteur que l’on ne présente plus : grand avocat, professeur de droit et immortel de l’Académie française) a été publié à point nommé il y a quelques mois pour nous rappeler l’importance de cet événement. Ce livre, d’après son auteur, est destiné aux jeunes générations qui, peut-être n’ont jamais entendu parler de ce procès. Il s’inscrit donc dans une logique de transmission, de mémoire. Faire de ce procès passé, acte de présence.

Force est de constater que le procès de Riom n’occupe pas dans la mémoire nationale une place de choix. Il s’incrit en effet dans l’histoire de ce « passé qui ne passe pas » (Henri Rousso) que fut cette France de Vichy, c’est à dire dans le prolongement de la défaite de 1940, celle dont la France ne s’est jamais remise – malgré 1945. Rappeler aujourd’hui ce procès, c’est montrer que la République humiliée, brisée, anéantie dans ses valeurs a continué de battre au coeur de la France, et pas seulement à Londres ni à l’ombre des réseaux de résistances mais à la lumière d’un procès médiatisé, censé être exemplaire et infamant. La République s’est défendue avec force, justice et dignité et l’infamie s’est retournée contre les accusateurs.

 

Jean-Denis Bredin restitue l’essentiel de cette défense, en choisissant, mis dans leur contexte, quelques extraits clés et en présentant les principaux enjeux et protagonistes. Le récit bref et synthétique répond tout à fait à sa fonction de sensibilisation. Il s’appuie pour cela sur l’ouvrage important de Julia Bracher* qui a a publié de nombreux extraits du procès.

 

Lire L’infamie c’est profiter de l’occasion de retrouver dans toute sa dimension la parole de Léon Blum qui affirmait face à ses détracteurs : « Je crois que vous ne pourrez pas nous chasser de l’histoire de ce pays. Nous n’y mettons pas de présomption, mais nous y apportons une certaine fierté ; nous avons dans un temps bien périlleux, personnifié et vivifié la tradition authentique de notre pays, qui est la tradition démocratique et républicaine. De cette tradition, à travers l’histoire, nous aurons malgré tout, été un moment. Nous ne sommes pas je ne sais quelle excroissance monstrueuse dans l’histoire de ce pays, parce que nous avons été un gouvernement populaire : nous sommes dans la tradition de ce pays. […] Nous n’avons pas interrompu la chaîne, nous ne l’avons pas brisée ; nous l’avons renouée et nous l’avons resserrée… […] Et par une ironie bien cruelle, c’est cette fidelité qui est devenue une trahison. Pourtant, notre fidélité n’est pas épuisée, elle dure encore et la France en recueillera le bienfait dans l’avenir que ce procès même, ce procès dirigé contre la République, contribuera à préparer. »
Face à tels discours, Vichy ne pouvait que piteusement abandonner.

 

Ce livre en appelle un autre : il faut republier À l’échelle humaine messieurs les éditeurs. L’ouvrage de Léon Blum composé lors de son incarcération et publié en 1945 mérite de retrouver un public.
Lisez ces lignes, s’il faut encore convaincre : « Je ne crois pas aux races de déchus et de damnés. Je n’y crois pas plus pour les Allemands que pour les Juifs… Tout ce qui s’écrit aujourd’hui du peuple allemand et de sa responsabilité collective, on le disait et l’écrivait du peuple français en Angleterre comme en Allemagne, au lendemain de Waterloo. Un bien léger déplacement de circonstances suffit pour ranimer la brute chez l’homme, chez tous les hommes… Il y a des époques de vainqueurs, il y a des époques de vaincus… Le danger des époques où chacun se croit vainqueur est plus grand que celui des époques où chacun se sent vaincu. » Les Mémoires de de Gaulle, chez Pocket, sont au programme de Littérature en terminale. Et Blum ?

 

Alors célébrons Riom. Les célébrations ont leur utilité, leur fonction sociale et mémorielle, collective. On peut fêter les victoires, défiler et poser des gerbes. Mais certains moments clés, à peine joués, marqués par les doutes et les incertitudes, inabouttis demeurent à peine célébrés et sont pourtant porteurs de plus grandes leçons et d’espérances que les grandes victoires définitives. Le procès de Riom fait partie de ces moments là. Blum avait raison et Daladier était très fort.

c. aranyossy

* Julia Bracher, Riom 1942. Le Procès, Paris Omnibus, 2002 (réédité en 2012).

 

   
 

Jean-Denis Bredin, L’infamie, le procès de Riom, février – avril 1942, Grasset, avril 2012. 174 p.- 14,00 €

 

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