Janine Mitaud, Soleil multiplié

Janine Mitaud, Soleil multiplié

Immersion en poésie présence

Janine Mitaud aimait écrire assise en tailleur sur un tapis ou sur son lit. C’était pour elle et tout le long de sa vie une manière de se concentrer. Mais elle pouvait aussi écrire dans un café, un bus, un jardin. Elle est entrée en poésie très jeune au lycée de Périgueux où, orpheline, elle est pensionnaire avant de rejoindre l’Ecole normale. Elle entretient dès cette époque une correspondance importante avec ses amis, poètes et artistes. D’abord avec Pierre Seghers puis et entre autre avec l’artiste brésilien Monteiro qui la publiera. Tout comme Seghers qui éditera Hâte de vivre Départs et Le futur et le fruit.
Elle rencontre à cette époque le poète et médecin Oleg Ibrahimoff. Dès lors, elle publie chez Rougerie l’essentiel de son œuvre dont L’Échange des colères avec un avant-propos de René Char, Danger ( préface de Pierre Seghers). Elle publie aussi des textes chez Fanlac, Chambelland, Alain Benoît et Yves Perrine. Divers artistes illustrent ses textes dont Garcia-Fons, Jean Casazza, Akos Szabo. Elle collabore aussi à la revue de son époux « Métamorphoses » (1966-1974) où des auteurs tels que Michel Butor, Jean L’Anselme, Marcel Béalu, René Char sont publiés.

Toute l’existence de Janine Mitaud est soutenue par la poésie. L’anthologie de Rougerie – où sont republiés des textes publiés entre 1958 et 1969 – prouve que le monde comme la nature sont ses sources d’inspiration. Les lieux d’ici ou de la Californie où elle passe ses étés restent les fondements de ses poèmes. Elle ne cessera d’en écrire jusqu’à sa mort à l’âge de 90 ans. A l’inverse de celles et ceux pour qui toute chose mentale a son arrière-pays qui se perd dans les ténèbres, la poétesse dialogue avec l’existant et l’existence en rebondissant sur les instants et en cassant le silence dans la recherche de la solarité.
Le poème révèle quelque chose qui n’est ni imité ou mimé. Et Janine Mitaud innerve la question de l’écriture en l’ouvrant à une sidération particulière. Celle de l’approche d’une lumière par l’opération d’un filtrage particulier, d’une passe croisée où l’innommable de la matière trouve un contour nommable. Le champ qu’ouvre alors le poème, dans le jeu de la proximité et du lointain, travaille à un interstice où se coude et se vertèbre en lignes serpentines un univers poétique qui, hélas !, est resté bien oublié dans l’histoire de la poésie de notre époque.

jean-paul gavard-perret

Janine Mitaud, Soleil multiplié, Anthologie, Préface de Barbara Carreno, Editions Rougerie, 2017.

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