James Meek, Un acte d’amour
Dès les premières pages un frisson nous parcourt l’échine. Un je-ne-sais-quoi surgi du passé qui nous fait rêver
James Meek, né en 1962, a grandi à Dundee en Écosse. Grand reporter depuis 1985, il a vécu en Russie de 1991 à 1999. Il vit actuellement à Londres et collabore au Guardian, à la London Review of Books et à Granta. Premières pages du roman et déjà un frisson nous parcourt l’échine. Un je-ne-sais-quoi surgi du passé qui nous fait rêver. La Kundalini, le serpent des chamans se réveille et siffle à nos oreilles des noms déjà effacés par les rigueurs de l’hiver sibérien : Tolstoï, Boulgakov, Arseniev…
L’histoire se déroule à Jazik, une bourgade perdue dans la Sibérie de 1919. Une bourgade qui vit à l’heure de la révolution bolchevique, objet d’espoir pour les uns, de peur pour les autres. Choc des mondes, des traditions. Les têtes brûlées et mercenaires croisent les derniers trappeurs et thaumaturges à colliers de crocs. Qui vivra aujourd’hui, qui sera condamné demain dans ce bout du monde où les sentiments humains sont exacerbés, les destins brisés par les luttes intestines, la jalousie, la haine de l’autre ? Car Jazik est bien le lieu où il faut choisir son camp, le rouge ou le blanc, l’endroit où l’on joue sa vie à quitte ou double. Partir vers l’Europe, rester pour se battre. Une garnison tchèque a installé ses quartiers dans le village après avoir combattu pour l’Empire austro-hongrois puis le tsar. Les soldats sont déprimés et attendent un ordre, mais lequel, le regard perdu vers l’horizon. Régnant sur ce monde désenchanté, le jeune commandant Matula, au regard inhumain, rêve de conquêtes sur un pays en déréliction.
Je fais la loi dans cette partie de la Sibérie, reprit-il d’une voix calme. Nous somme prêts à écouter votre histoire. Si elle me plaît – je dis bien plaire, pas convaincre – je vous relâcherais peut-être. Si elle ne me plaît pas, vous aurez juste le temps de regretter ne pas en avoir inventé une meilleure avant d’aller vous expliquer avec les corbeaux.
Indifférent au jugement des hommes, Balashov, le castrat fanatique se refuse quant à lui à choisir entre Charybde et Scylla et préfère tourner, tourner tel un derviche déboussolé à la recherche d’un ailleurs invisible.
Révolution, grandeur, bas-fond, folie, amour et patriotisme, les thèmes abordés par James Meek font de ce roman épique un véritable hommage à la grande littérature russe. Cette littérature nourrie des grands espaces où l’homme se rêve de nouvelles destinées, de nouveaux dieux lucifériens. Un royaume où l’homme ne mesure son désir d’amour qu’à l’aune de son désespoir.
cedric beal
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James Meek, Un acte d’amour (traduit de l’anglais – Ecosse – par David Fauquemberg), Métailié, mars 2007, 444 p. – 22,00 €. |
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