Jacqueline Devreux, Dessins contemporains (exposition)

Jacqueline Devreux, Dessins contemporains (exposition)

Dans cette nouvelle série de dessins, Jacqueline Devreux se livre et se délivre. Pour cette exposition consacrée au dessin contemporain féminin, l’artiste explore le petit format au crayon noir, à l’aide de mines très fines rappelant la pointe sèche de la gravure.
D’où et entre autres un indice pour comprendre son approche : « depuis plusieurs années, mon travail de sculpture textile – laine et aiguille – dialogue étroitement avec le dessin. Ce rapport à la lenteur, à la répétition et à la précision nourrit profondément ma pratique graphique », dit-elle. Mais et encore il y a plus : si chaque dessin relève d’un travail minutieux, précis, attentif au détail et au temps du geste, jaillit un érotisme latent ou renversant.

Ses nouveaux petits formats sont des portraits et seuils d’évocation. Apparaissent des femmes, des jeunes filles, des autoportraits d’où jaillissent « des figures de présence, de mémoire et de tension intérieure ». Et aussi du temps où la vieillesse d’une certaine manière n’existe pas.
Une telle créatrice offre à chacun de ses « voyeurs » un voyage. D’autant que Jacqueline Devreux multiplie le réseau du mystère de l’être et une mythologie de l’incarnation féminine. Pour elle, il ne s’agit plus et simplement « de rappeler l’homme aux choses spirituelles par le mystère de du corps des femmes » (Saint Thomas d’Aquin) : mais de distinguer ce qui est féminité et ce qui est Femme.

L’artiste introduit divers types de mutations par surimpressions dans lesquelles le chemin à parcourir est immense. Car imaginer n’est jamais restreindre mais développer les enveloppes charnelles. Jacqueline Devreux ne s’en prive pas. Surgissent en échos une fête païenne et un rituel aussi érotique qu’austère. La femme est souvent décrite en son efflorescence parfois fracassante et dans l’éclat de sa magie (on pense à son dessin « Les lèvres » parcouru de fantômes).
Dans ce dessin dentelles, remous, fragrances sont aux prises avec le regard d’une telle créatrice. Le royaume féminin est habité d’ombres qui apprivoisent l’exaltante suavité qui au besoin s’empare du corps à la vitesse du plaisir qui monte.

Chez elle, la rose de personne est cachée dans des robes-dunes. Et parfois, l’étoile de mère est transparente comme l’est sa robe de dentelles. Reste dans l’épreuve du désir une transgression : cette suite de dessin crée une liturgie qui possède le pouvoir mystérieux de transformer le corps physique, vulgaire, en corps du mystère.
L’érotisme s’élève contre tout effet de simplification. Le « réalisme » ou plutôt la figuration rapproche ici inconsciemment d’un souffle de l’origine et de la « nuit sexuelle » (Quignard) dont on ne saura jamais rien sinon ce que l’artiste en suggère en des« sanglots ardents » dont parlait Baudelaire.

Ici, le corps des femmes devient de graphite, dépasse celui des mâles puisque, là et de facto, Jacqueline Devreux pose de manière abrupte la question du corps, de sa nature et de sa signification. Tout se joue entre le corps de la souffrance et celui de la jouissance. Celle-ci prévaut même si ni l’une ni l’autre ne sont vraiment fixées. Il existe une place pour diverses reconstructions : la beauté, la pose, le mouvement au-delà des fantasmes.
Ajoutons qu’il y a plus chez une telle artiste : elle inscrit et recueille l’impossible du corps voire son impensable. Au sein de ce qui pourrait sembler une étreinte amoureuse, l’être sort d’un lit nuptial froissé d’amour : il est en proie avec sa solitude. La plasticienne y découvre une vérité par le dessin. Le graphite, prolongeant sa main, enregistre, gratte, creuse, affleure, caresse, macule, relance le trait. Il reste condition et medium de l’inconscient.

Jacqueline Devreux, Dessins contemporains, Hote Gallery, 203 rue Haute, 1000 Bruxelles à partir du 9 janvier 2026.

Laisser un commentaire