Isabelle Sbrissa, Ici là voir ailleurs

Isabelle Sbrissa, Ici là voir ailleurs

Littérature au couteau

Isabelle Sbrissa n’est pas de celles qui bricolent dans l’inutile ou le superfétatoire. Poétesse de la rudesse et de la nature comme son maître Ramuz, pour elle dehors n’est jamais loin. « J’écris ce que je vois » dit-elle mais selon des assemblages hirsutes où la poétesse exécute le capital du libéralisme dans une écriture « mi effective, mi-ésotérique » qui laisse abasourdi et sonné.
Un dialogue où ce qui est donné pour tel n’est pas forcément acquis pour un lecteur primesautier. Certes, Isabelle Sbrissa s’amuse dans des jets de « J » et des cas de « K » etc., en un abécédaire hors de ses gonds et tout en fantaisie verbale avant de proposer certains trous qui ne sont pas que financiers mais dans « lalangue » chère à Lacan  que la poétesse essore dans son « là voir ».

Elle crée ainsi sa « trade mark » loin des centers du même mot. Des visions apocalyptiques (pour demain) avec « fatal dégât garanti », elle passe à d’autres gauchissements au moyen de « sextines, quintines » chargées en Quintonine au milieu de lupins dédaliens au milieu desquels il s’agit de creuser des trous comme le conseillaient des vieux potiers de campagne.
Mais l’objectif est sisyphien : à peine ouverts, de tels trous il faut les combler une fois tiré le « mot ver » qui ne s’inscrit pas dans les almanachs Vermot. Le tout en bric, broc et en vrac, comme en vert et prose dans ce grand petit ouvrage couturé « point de croix créatif suisse ». C’est donc de la littérature au couteau – suisse évidemment et donc à l’âme multiple.

jean-paul gavard-perret

Isabelle Sbrissa, Ici là voir ailleurs, Editions Nous, coll. « disparate, Caen, 2018, 152 p. – 16,00 €.

Laisser un commentaire