Ingrid Baudine, Ingrid Baudine

Ingrid Baudine, Ingrid Baudine

Premier jardin du monde

Ingrid Baudine, artiste des plus discrètes, crée une œuvre « blanche » où se développent un bestiaire et une végétation empreints de mystères. Manière à la fois de sortir de l’anthropomorphisme et de signaler à l’homme sa perte. Le tout avec une grâce qui évite autant le travail du deuil que celui de la mélancolie. Il permet de reconnaître ce qui a été perdu mais où quelque chose remonte et qui hante pour tatouer un certain vide de l’être tel qu’il est. Ce qui « s’absente » ou se cache soudain croît, germe et permet de mettre – à défaut de noms – des images sur ce qui nous boit, nous suce ou nous crache.
L’art peut donc révéler  l’animal en l’art lorsque la décision radicale qui habite une créatrice l’impose. Surgit dans l »œuvre une suite de « monstres ». Mais l’objectif d’Ingrid Baudine n’est pas de susciter la peur. L’artiste cultive une poésie diaphane. Elle n’opère pas la coagulation de nos fantasmes mais plutôt de nos fantômes. Ses animaux et ses végétaux nous affectent sans doute mais sous le mode de l’incompréhension sidérante.

Chaque image à la fois sépare de nous-mêmes et rappelle la vie d’avant le jour et d’avant le langage. Il convient d’entrer dans sa diaphanéité et se débattre avec ceux-ci non sans ambiguïté et hérésie. Préférons donc l’impureté du zoo qui nous habite à la caserne de notre prétendue pureté. Passons du paroxysme de l’idéal à une forme d’abîme puisque la créatrice nous y invite en expulsant par avance tout instinct bestial et en ramenant à un premier jardin du monde.

Lire notre entretien avec l’artiste

jean-paul gavard-perret

Ingrid Baudine,  Ingrid Baudine, Editions Derrière la Salle de bains, Rouen, 2015 – 6,00 €.

Laisser un commentaire