John Katzenbach, Le loup
Qui a peur du Grand Méchant Loup ?
Il était une fois un tueur en série qui voulait se faire appeler Grand Méchant Loup par les trois victimes qu’il avait choisies. Trois Chaperon Rouge, qui n’avaient en commun que leur chevelure et qui leur devait leur surnom de Rousse un, Rousse deux, et Rousse trois. Trois femmes d’origines sociales et d’âges différents, aux vécus différents et qui sont cependant toutes un peu perdues dans le grand bois de la Vie. Grand Méchant Loup les a observées pendant des mois et les a prévenues par courrier qu’il était sur le point d’attaquer, semant la panique auprès de chaque Rousse, sans défense. Mais sont-elles vraiment sans défense ? Le Loup, qui ne craint aucun chasseur, pourrait bien être surpris par les ressources cachées de ses trois Rousses…
John Katzenbach, déjà connu par L’analyste, nous propose une variation du conte du Petit Chaperon Rouge, en faisant d’un tueur en série un Loup pervers, particulièrement intelligent et déterminé, à la poursuite de trois Rousses, apparemment paumées et isolées. Mais ici rien ne va se dérouler comme dans le conte originel, et tout comme dans certaines fables, le Loup va apprendre à ses dépens que l’union fait la force. Maître du jeu pendant longtemps, les cartes qu’il a distribuées avec férocité, vont se retourner contre lui au moment où il ne s’y attendra pas.
C’est d’ailleurs l’intérêt principal de ce roman, qui connaît beaucoup de longueurs pour un dénouement plus ou moins prévisible pour les vrais amateurs de thrillers. Si l’histoire démarre bien, elle plonge parfois le lecteur dans l’ennui, car les plans du Loup mettent beaucoup de temps à prendre forme. Son ego et son assurance, semblables à celles de la Bête du conte, lui font croire à son génie, mais il est bien le seul à le penser, et le lecteur aura parfois du mal à adhérer à ses projets. Il aura plus d’intérêt pour ces trois Rousses, trois femmes solitaires, qui n’ont pas l’innocence du Petit Chaperon Rouge, et qui n’ont aucunement l’intention de finir dans « le ventre » de ce Méchant Loup. Trois femmes qui sont socialement plus ou moins intégrées dans la société et que cette machination va permettre de faire rebondir. Dois-je cependant vous dire si elle vécurent heureuses ? A vous de le découvrir, si vous ne craignez pas d’affronter ce Loup.
franck boussard
John Katzenbach, Le loup, Pocket, 2015, 479 p. – 7,90 €.