Henri Michaux, Par surprise

Henri Michaux, Par surprise

Mettre en route le temps : répulsion et fascination des images

On se souvient de la phrase de Winnie dans Oh les beaux jours de Beckett : « Assez les images ». Cet appel, Michaux le réitère dans le but, non seulement que l’image devienne une ombre passagère mais afin qu’elle se réduise dans son imaginaire provisoirement déréglé ( « Ignorant, inconscient pour avoir avalé cette drogue, en somme quasi pour m’en débarrasser »).
Sensible à l’étroite parenté qui relie son interrogation fondamentale à la réflexion sur l’image et la pensée, dans ce texte l’auteur garde la conscience aiguë de ce que Lacan a bien mis en évidence : toute image fonctionne comme un « piège à regard » et au moment où l’artiste explore certains « misérables miracles ».

La représentation plastique suscite un risque à ne pas courir car elle ne peut aboutir qu’à un cul-de-sac. Et Michaux d’ajouter : « Les images ne m’intéressent pas, je n’en veux plus. Avec un produit de cette force, ça ne doit pas convenir ». Sinon en cultivant celle qu’il va pratiquer : à savoir l’image de rien, de personne. Seule cette image « idéale » peut atteindre ce qu’il cherche sans cesse, à savoir l’extinction de toute visibilité et plus particulièrement la suppression et l’anéantissement du monde.
La seule image qui trouverait grâce à ses yeux serait donc celle qui permettrait de parvenir à proximité de la disparition dans laquelle la négation n’exprime plus rien de négatif mais dégage simplement l’exprimable pur. Quant au langage, il reste là pour faire entendre la voix du fond de l’abîme de l’être, le moi dissous, le Je fêlé, l’identité perdue. Bref, elle rend présent une sorte de chaos que l’oeuvre explore.

jean-paul gavard-perret

Henri Michaux, Par surprise, Fata Morgana, Fontfroide le Haut, réédition, 2017, 40 p.

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