Henri Calet & Francis Ponge, Une amitié singulière
Quand les Finnois parlent leur mandarin
Nous somme presque surpris de découvrir une correspondance d’une telle qualité dans une édition universitaire (idéale au demeurant) même si les deux auteurs aurait pu mériter la Collection Blanche de Gallimard. Mais qu’à mal ne tienne : cet échange est savoureux. Il permet de découvrir toute la vie intellectuelle à travers de telles missives jusqu’en 1956, date de la mort du « chroniqueur désabusé », sorte irrégulier de la langue qui badinait avec sérieux et autant d’humour.
Ponge, poète formaliste par excellence, partagea avec le susdit un même humour. Il devise et découvre avec délectation le paysage germanopratin (entre autres). Echanger leurs points de vue les amuse avec un esprit vif et allègre. Et Francis Ponge de lui envoyer son éloge parmi d’autres scribes plus douteux que lui mais dont il aida son ami à « prévoir » leurs diatribes ou humeurs.
Parfois dangereux par le cœur et éloignés, l’un de la tisane, l’autre de bien des pérégrinations foraines, les deux compères commentent des morts inattendus et la valeur de certains auteurs (R . Marin du Gard par exemple). Et nous rencontrons bien des figures, même si Calet fut parfois un désespéré mangé par l’angoisse.
De divers Sud à Paris, les auteurs ont trouvé là un rendez-vous épistolaire idéal. Ils témoignent de l’évolution de la littérature influencée par le marxisme-léninisme et autres appétences, signant au besoin certaines décadences de philosophes et de littérateurs. Mais c’est ainsi que la voie des deux auteurs avance pour le plaisir des lecteurs de telles lettres. Chacun reste fidèle à sa « mythose » et nous goûtons les charmes d’auteurs disant le tout sur le tout là où souffle le vent de la réalité comme – aussi – de l’imagination.
jean-paul gavard-perret
Henri Calet & Francis Ponge, Une amitié singulière, édition établie et présentée par Michel P. Schmidt, P.U.L., Lyon , 2025, 128 p. – 15,00 €.