Henning Mankell, Les Chaussures italiennes

Henning Mankell, Les Chaussures italiennes

On peut être mort tout en étant bien vivant

Définie à bon escient comme journaliste d’entreprise par ses enfants – elle est en fait directeur de la communication dans le secteur de la banque et de l’assurance -, Geneviève Marc passe son temps à lire la presse économique et financière du matin au soir telle une véritable prière journalière qu’elle egrène (ce n’est pas elle qui le dit mais Hegel au sujet de l’homme moderne). Elle doit également sans cesse rédiger des papiers techniques. Aussi a-t-elle besoin de s’évader par la lecture de romans divers et variés. Quand elle est très fatiguée, elle avoue une passion sans limite pour les polars (elle est fan de Fred Vargas et a dévoré les 3 Milleniums durant une période de grand stress professionnel !) Mais en temps normal, elle adore les romans qui transportent ailleurs, les belles fresques familiales, historiques, les romans philosophiques et les essais politiques (à Sciences Po, ses cours préférés étaient ceux d’histoire des idées politiques). En un mot, la lecture lui permet de quitter notre quotidien consumériste et trop réaliste : c’est sa madeleine de Proust, son monde imaginaire (cher à Peter Pan et à Alice au pays des merveilles), c’est l’élévation de son âme.


C
omme son titre ne l’évoque pas, Les chaussures italiennes est un roman écrit par le suédois Henning Mankell. A sa lecture, le lecteur est tout d’abord frappé par cette impression du Nord, cette immense nature qui submerge l’homme et le rend infiniment petit. C’est aussi un éclairage sur la peinture nordique, à l’instar de la littérature avec Ibsen, par exemple. Egalement, ce roman est porté par une musique vide d’hommes qui célèbre la nature dans sa force primitive, comme Sibélius l’a si bien démontré avec son concerto pour violon. Le silence profond de ces contrées éloignées est tel qu’il en devient musical. Car ce récit, se donne comme une longue ballade – et balade – entre mer ou glace selon la saison, ciel, îles et forêt, porté par un style parfois proche du symbolisme. 
L’histoire débute sur un îlot de la Baltique et va conduire le lecteur dans les régions reculées du Norrland de la Suède, au rythme d’un parcours initiatique qui va permettre au narrateur de passer de l’ombre à la lumière, entre solstice d’hiver et solstice d’été. L’unicité de lieu et de personnage va bientôt céder la place à un road movie, semé de rencontres plus insolites les unes que les autres, dont le port d’attache de tous les protagonistes demeurera l’îlot.

 

Cet homme, reclus depuis une dizaine d’années suite à une erreur médicale qu’il a commise, va renaître grâce à son amour de jeunesse qu’il a lâchement abandonné cinquante ans auparavant et qui est aujourd’hui gravement malade et condamné. Cet homme va reprendre goût à la vie, avec toutes les péripéties psychologiques que cela comporte, il va de nouveau vivre, vibrer, rencontrer, redevenir, sentir, aimer…
Il s’agit du mythe de la caverne revisité, les portes intérieures battant au vent et ce vent ne cessait de gagner en puissance… C’est un essai philosophique sur la mort mais avec une approche tellement positive – qui ouvre les portes de la rédemption pour tout un chacun – qu’il se transforme en un hymne à la vie. C’était un soir où les morts et le vivants pouvaient faire la fête ensemble. Un soir pour ceux qui avaient encore longtemps à vivre et pour ceux qui se tenaient au bord de la frontière invisible et attendaient le passeur….
Cette femme en fin de vie va lui redonner le goût de vivre, de découvrir un passé qu’il a sciemment enfoui et qui a provoqué sa mort spirituelle. Elle va lui donner une famille, au sens large du terme, une nouvelle envie de l’Autre, de l’humain. On peut être mort tout en étant bien vivant physiquement.

Avant l’arrivée d’Harriet, Fredrik, le narrateur, a besoin de s’immerger dans les eaux glacées de la Baltique, même l’hiver après avoir découpé la glace, pour se prouver qu’il est bien vivant. Pourquoi alors ce titre : Les chaussures italiennes ? Durant son périple, il va rencontrer un grand bottier italien qui a quitté son Italie natale à l’âge de la retraite et qui continue à fabriquer de divins souliers pour ses amis les plus chers. L’histoire de la renaissance de notre narrateur se situe le temps d’une fabrication de chaussures sur mesure.
Laissez-vous bercer par cette petite musique de nuit …non, de l’aube !

Geneviève Marc

   
 

Henning Mankell, Les Chaussures italiennes, traduit du suédois par Anna Gibson, coll. « 17/16 », A vue d’oeil, mai 2010,470 p.- 21,85 €

 
     

 

 

 

 

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