Hauts thyms
(Soucis sots)
Nous ne sommes pas faits pour penser sinon par approximations. Notre cerveau (première demeure puis habituelle résidence) est d’ombre et de brume. En conséquence, il ne gagne pas à paraître au grand jour. Si c’était le cas, le cœur tâcherait à démêler ce qui se passe vraiment, ce qu’il y a eu, ce que l’on fut voire si nous sommes. Mais lui aussi butte sur l’inconnu ; reste l’otage du passé et bien peu apte à lire notre aujourd’hui pour hier ni pour demain sinon en rêve (comme Proust l’explique à la première page de sa Recherche). Faute de penser, caressons nos chimères puisque nous enfreignons la première règle de la méthode cartésienne.
Pour obtenir un surcroît de précision, il faudrait, sur une route, suivre une voiture et détailler par sa lunette arrière deux tourtereaux. L’un côté cœur, l’autre côté cerveau. Ils parlent mais feraient mieux d’avancer. Une telle situation est vécue. Mais nul ne peut comprendre qu’il s’agit d’un rude marin et d’une guerrière hallucinée Attendons que des lettrés assis derrière, et plus ou moins longtemps après, sauront nous éclairer. Quant à nous, nous ne savons pas où nous sommes, ni quelle direction prendre. Mais on ne s’en soucie gère.
jean-paul gavard-perret
Photo : Gaston Paris