Haut râle
(Comment émerger du très peu)
« Une sorte de blues post-partum insistant : est-ce la lumière de ce jour qui nous dépoussière? Tant de rigueur nous effraie… » (Christine Valcke)
En notre espace sensible, notre voix s’affaiblit, lâche, se rétrécit jusqu’à devenir indétectable et inaudible. C’est comme un trou dans le jardin d’un voisin et celui de notre mémoire et de notre conscience. Sur une page il serait blanc jusqu’à nous donner le vertige. Mais il est plein par peur et désir fantômes du notre sous-sol où se bousculent tous nos repères en un bric-à-brac de pensées comme des objets ramassés sur le trottoir.
Notre tête nous entraîne dans son abîme où résonnent le chant de nos vides avec le refrain de nos angoisses aussi tristes que celles des enfants uniques. Mais c’est chacun pour soi : le vertige de nos espaces et les mots qui voudraient dépasser en interstices, nous nous y enfonçons. Il faudrait trouver un souffle.
Celui de nos vocalises en un temps posé sans contraintes et menaces. Mais notre silence demeure partout: plus d’endroit pour chanter. Vaine, la voix bute comme virgule après virgule. Mais la ponctuation s’affole car en elle il n’existe pas de mots. Qu’importe la typographie. Même si s’écrit ce qui empêche d’écrire.
jean-paul gavard-perret
Photo Reina Isis