Hannelore Cayre, Commis d’office
Comment un avocat, commis d’office, peut-il se retrouver à Fresnes, du mauvais côté des barreaux ?
Hannelore Cayre est avocate pénaliste et son personnage, Christophe Leibowitz, exerce la même profession. Peut-être partagent-ils aussi des idéaux similaires… Toujours est-il qu’il n’y a que Leibowitz pour se retrouver mêlé à une histoire sans queue ni tête qui l’amène à être emprisonné à Fresnes à la place d’un autre, sous le futile prétexte que c’est son sosie presque craché.
Leibowitz hante les tribunaux pour une poignée d’euros en qualité de commis d’office pour tous les petits délits plus ou moins minables. Il ne vit pas, il survit avec l’impression constante de se prostituer. Sa haine du barreau et de ses instances s’amplifie. Et quand Lakdar, un avocat marron, le contacte, il n’hésite presque pas.
Le problème, c’est que Lakdar a une idée derrière la tête : remplacer un de ses clients de Fresnes par Leibowitz moyennant deux millions d’euros. Leibowitz accepte et ils se retrouvent à Genève pour finaliser la transaction. Au dernier moment, Lakdar ponctionne sa rémunération de 500.000 euros. Leibowitz, qui ne supporte pas le bonhomme lui fait alors une entourloupe de son cru. Il révèle à un caïd, client de Lakdar, la petite arnaque juridique dont il a été victime. À partir de ce moment, c’est la guerre ouverte dans les murs mêmes de Fresnes ; un proxénète albanais qui voulait lire L’Éducation sentimentale en albanais dans le texte en est victime. Alors, un des deux principaux protagonistes doit disparaître…
Avec une écriture directe, sans fioritures, Hannelore Cayre dépeint dans Commis d’office un monde qu’elle connaît bien pour l’arpenter quotidiennement. Ici, les petits truands sont moches, ils puent et transpirent à grandes eaux et sont tout sauf loyaux. Le profit pour le profit est la seule loi qui vaille. On n’a pas d’ami, et si on ne regarde pas derrière son dos, on est vite marron.
Que dit la morale ? Rien, elle n’a pas sa place dans ce roman – ou si peu. Seules des valeurs telles que l’amitié permettraient de la restaurer. Sous de faux semblants elle retrouvera des couleurs et déclenchera les rouages de la justice au moment où l’amitié, tâchée de sang, entraînera une vengeance qui ne demandait qu’à mieux se lâcher.
Dans ce roman court – presque une novella – Hannelore Cayre réussit, avec talent, à faire évoluer le personnage de Christophe Leibowitz : du grade d’antihéros il gagne celui de héros alors même que son image ne cesse de se dégrader et qu’il est impossible de le plaindre. Le style n’est en rien exceptionnel – et sans doute n’a-t-il aucune prétention à l’exception…- mais l’ensemble est plus que plaisant, la lecture facile et enlevée. Ce roman se lit d’une traite et procure un agréable moment noir.
julien védrenne
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Hannelore Cayre, Commis d’office, Métailié, 2004, 125 p. – 6,50 €. |
