Gwendal Fossois, La philosophie selon Kaamelott
Un épisode important de la pop-culture télévisuelle intelligente
Voici enfin un livre qui prend Kaamelott au sérieux. Il tombe au bon moment puisque la critique intellectuelle a étrillé le film issu de la série. Et ce, bien à tort même si cette reprise cinématographique au gros budget a quelque peu obvié le sens premier de l’oeuvre. Néanmoins, une grande partie de cette critique n’a rien compris entre autres aux principes de répétition et de segmentation inhérents à la version originale.
Gageons cependant que dans quelques années ce film deviendra un film culte comme Les Bronzés ou les Astérix – dénigrés eux aussi à leur sortie.
Gwendal Fossois possède le grand mérite de considérer Kaamelott comme une oeuvre spécifique et non négligeable. Le philosophe grenoblois met à nu ses rouages de manière souvent pertinente : nous pensons par exemple aux comptages d’un Perceval souffrant d’un syndrome désormais à la mode. Certes, l’auteur laisse de côté certains bénéfices spéculatifs que pourraient nourrir bien des aspects plus cachés de Kaamelott.
Notamment le rôle de tous les couples (hétéros ou non) qui habillent la série. Ils ne fonctionnent qu’en étant dépareillés affectivement et/ou intellectuellement. Il y avait donc là une mine que l’auteur a négligée.
Nous le sentons en outre parfois mal à l’aise avec la passion qu’il porte à la série. Pour la justifier, il la transforme comme son livre et son analyse en un beau prétexte à une leçon de philosophie. Le livre est grevé de citations et d’inserts qui sont censés servir de supports à l’analyse mais qui tiennent d’un certain remplissage. La série devient une manière de leçon de philosophie appliquée et inversée.
La théorie philosophique propédeutique passe par l’exemple de la série. Celle-ci finit par devenir le prétexte à un tel propos.
Rendons cependant hommage à Gwendal Fossois. Il est le premier à publier un livre consacré à la défense d’une telle série. Elle restera un épisode important de la pop-culture télévisuelle intelligente. Le philosophe ne se cache pas sous la table de la bien-pensance intellectuelle crispée.
C’est un bel exemple de prise en compte de ce qui échappe à une vision étroite des cultures dites parallèles et farcesques. Celles auxquelles Alexandre Astier, par son oeuvre, offre une belle part de noblesse arthurienne.
jean-paul gavard-perret
Gwendal Fossois, La philosophie selon Kaamelott, Les éditions de l’Opportun, Paris, 2021, 160 p. – 12,90 €.
One thought on “Gwendal Fossois, La philosophie selon Kaamelott”
Joyeusement intelligent et grand luxe de l’art noble au second degré … Kaamelott reste ma came philosophique .