Guillemette Resplandy, Cinéma Solo

Guillemette Resplandy, Cinéma Solo

D’un style très agréable, ces petites nouvelles immergent le lecteur dans un quotidien qui pourrait bien être le sien

A chacun son cinéma

Et si la vie n’était qu’un vaste scénario ? Si sans le savoir, nous étions tous les acteurs involontaires de notre propre film ? Nous serions alors également, au quotidien, spectateurs, témoins de scénarios dont chacun d’entre nous serait l’acteur principal. Telle est la vision développée par l’auteur au fil de ces nouvelles, véritables moments de vie appartenant à des personnes souvent blessées par l’existence. Comme un refuge, elles tissent leur vie autour d’une toile de cinéma, se construisent un monde meilleur dans lequel elles sont moins seules ou au contraire trouvent enfin la paix à laquelle elles aspirent.

 

Ainsi un vieillard qui perd la mémoire et note sur un vieux bout de papier toute sa vie, une femme de la haute société américaine déboussolée, une mère qui petit à petit disparaît de la vie de sa famille, des voyageurs coincés dans un train… se retrouvent au cœur de ces pages, au cœur de leur vie, héros de leur propre film, parfois comique tantôt dramatique.

 

Guillemette Resplandy se pose ici comme témoin, spectatrice privilégiée de ces petites histoires dans lesquelles chacun peut se retrouver. Des personnages simples, tels que ceux que nous pouvons croiser en bas de chez nous, au coin de la rue, nous apparaissent alors sous un jour différent, avec leurs manies, leurs angoisses, leurs drames… Impossible de ne pas s’identifier à eux tant l’auteur les décrit d’une manière réaliste, simple et attachante. Même les réflexes ou attitudes qui d’ordinaire ont le don de nous agacer nous semblent tout à fait normaux, car nous n’osons nous avouer à nous-même que nous pourrions être à la place du personnage.

 

Avec un style littéraire très agréable à lire, Guillemette Resplandy a le don d’entraîner le lecteur dans ce qui pourrait être le film de sa propre vie. Ses nouvelles, courtes, ne sont d’ailleurs pas sans rappeler les petits plaisirs de la vie, ces moments particuliers décrits par Philippe Delerm dans La sieste assassinée ou La première gorgée de bière. Avec ses personnages attachants ou agaçants, mais qui ne laissent en aucun cas indifférent, Cinéma Solo est un recueil plein de vie, construit autour de M. ou Mme Tout-le-monde qui, un jour, pourrait bien être l’un d’entre nous. Un ouvrage à découvrir… avant d’en faire tout un cinéma.

v. cherrier

 

   
 

Guillemette Resplandy, Cinéma Solo, Éditions Delphine Montalant, novembre 2005, 128 p. – 15,00 €.

 
     

 

 

 

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