Guillaume Decourt, Diplomatiques
A travers l’écriture de Guillaume Decourt les marbres sont enlevés au profit de boules de vie. Elles se déplacent d’une page à l’autre entre les différents moments qu’évoque le poète. Il saisit le réel par les cheveux mais toujours avec douceur et parfois détachement. Le diable se faufile ça et là dans les souvenirs mais de manière émouvante. Voici l’écriture grave d’un homme en fête, celle légère d’un être sérieux qui se décrit tel « petit au regard de faune / un jour d’Intifada » L’œuvre ouvre à la réflexion face à une division bipolaire du monde. Elle ne glisse rien sous le tapis mais évite le scepticisme qui embrume trop souvent la poésie. Elle est sûre de son coup : sans doute parce que Decourt cultive la bienveillance amusée en tant que poétique et éthique.
Ce qui pour beaucoup aurait pu être perçu comme une ombre passagère sans importance trouve chez le jeune auteur une forme de quintessence subtile. L’auteur refuse implicitement que la vie soit un enfer, un enfermement : d’où ces veines, ces défilés de petits moments comme inachevés, il n’y a pas que le temps (mort) à passer au travers pour un retour précipité contre la disparition. Une telle esthétique reste une tentative existentielle. Elle refuse le chemin du simple retour au passé comme celui du désir de vivre en pays conquis. Le poète de A l’approche s’oriente dans une voie qui bifurque vers un rapport particulier au temps. Il en garde des plaisirs minimaux mais qui nourrissent son présent (comme celui du lecteur) et à travers lesquels certaines images du temps passé sont délectables sans créer pourtant une sidération qui annihilerait le présent.
jean-paul gavard-perret
Guillaume Decourt, Diplomatiques, Passage d’Encres, coll. Trait court, Guern, 2015, 32 p. – 5,00 €.
