Grégory Mardon, Incognito – Tome 1 : « Victimes parfaites »

Grégory Mardon, Incognito – Tome 1 : « Victimes parfaites »

Ce premier tome, dont l’univers intemporel se tisse d’un scénario intrigant et d’un dessin épuré, laisse impatient de lire la suite…

Le défaut d’être ordinaire ou le pouvoir d’être invisible : voici la principale qualité d’un homme qui semble courir après une ombre – la sienne. Victime parfaite, le spectre ? Un premier tome qui emmène dans un univers intemporel, fait de ruelles sombres, d’intérieurs cossus, et habité de personnages en butte à toute cette grisaille. Une structuration des pages classique, un graphisme épuré et qui se perd, parfois, en stries et en brusques obscurcissements, un scénario intrigant : tout est réuni pour qu’on embarque sans manières vers l’espoir d’une suite.

Jean-Pierre, au terme d’une nuit de beuverie, se retrouve à l’hôpital. C’est qu’il a voulu escalader un immeuble, et rejoindre une silhouette alléchante aperçue au rebord d’une fenêtre. Ses intentions ? Pas claires, pas nettes, devenir un criminel, peut-être, juste pour voir – ou bien pour être vu. Mais patatras, la mauvaise chute. Une femme a appelé les secours, elle est kinésithérapeute, et vient s’enquérir de la santé du garçon. Cette femme a, comment dire, quelques atouts. L’accidenté suivra donc une rééducation patiente avec elle, avant d’oser l’inviter à sortir un soir. Tout ceci est bien joli, ça ressemblerait à un début d’histoire d’amour, et le pauvre type transparent trouve enfin une raison de vivre, tiens. Mais Grégory Mardon ne nous emmènera pas sur ce terrain : tout est beaucoup plus compliqué ; les tétés aguicheurs de Bérénice pourraient bien se transformer en mamelles assassines, le téton incisif et l’aréole gargantuesque. La pauvre est affligée d’un frère, avec qui elle habite. Celui-ci, handicapé, traîne une hargne lubrique et harcèle la soeurette.

On n’est pas loin de la caricature, et le lecteur pourrait même croire à quelque moralisme dégénéré, l’instant d’une page, mais non, ouf, le paraplégique pleurnichard, vicieux et tortionnaire s’étoffe, au fil des pages, jusqu’à ce qu’on en souhaite la disparition sans le moindre remords. Un trio in fine assez réussi, et une dernière scène rocambolesque et inquiétante – coït raté de Bérénice et Jean-Pierre servi par une exagération bien trouvée du dessin, quand la femme pieuvre se déchaîne en un déploiement de sensualité écrasant. Et puis, les victimes, on a bien l’impression qu’elles prendront leur revanche, pas plus tard que tout de suite.

sandrine lyonnard

   
 

Grégory Mardon, Incognito – Tome 1 : « Victimes parfaites », Dupuis coll. « Expresso », 56 p. couleur – 9,50 €.

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