Giuliano Landolfi, Le journal de Didon

Giuliano Landolfi, Le journal de Didon

La dimension mémorielle de cette poésie repose sur les douleurs et les plaisirs de l’amour dans le mirage des mots mais aussi de leur réalité entre souffle, murmure de ce qui fut et perdure désormais en échos. Comme en damier, les textes portent les marques des confiances et des intempéries humaines. Surgit tout ce qui arrive, tout ce qui manque là où Ladolfi s’avoue à lui-même une histoire devenue sacrilège. Se retrouve ici ce qu’il y a de plus universel dans l’intime d’une femme entraînée sans fin dans un engrenage malgré elle.

Accumulé à coup d’images qui tombent là goutte à goutte, l’ « aphanisis » (disparition du désir sexuel) n’est pas de mise même si la fin de l’amour fut une indifférence forcée. Mais en un travail de retour, l’auteur laboure le champ de l’acceptation de celle qui virevolte plus de force que de gré comme un papillon autour d’une ampoule.

Il ne renonce pas à ses rêves mais touche aussi l’apogée de son échec. L’amante ne peut se transformer en rien car, face à lui et sous ses yeux, elle fut fantastique. Il doit s’y faire mais aussi se rendre, déchu, devenu trop dépecé. Reste ainsi entre premiers et derniers pas l’amour qui ne sera jamais jeté aux orties.

Un tel journal (mais bien plus, une poésie) surfe à sa manière sur la mécanique du vivant et ses accidents. Le tout avec sobriété et pudeur. Reste que, pour l’héroïne – avec les cisailles du rompre -, le fil de l’union poursuit sa légende présente mais étrangère dans un monde cosmique. Ladolfi s’y s’attarde dans la lumière du soir parmi les ombres appesanties.

Jean-paul gavard-perret

Giuliano Landolfi, Le journal de Didon, Edition Perseide, 2025, 106 p.

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