Daniel Bourdon, Ascensions mineures
Le sens de la marche
Que tient ensemble notre trame à travers nos marches ? Comment survivre ? Daniel Bourdon a déjà parcouru tant d’espace dont les lierres s’étendent en tramant leurs tiges au centre des cercles de notre réalité et de nos songes. Et ceux-là nous sauvent, comme le souligne le poète : « A intervalles réguliers je me retournais et dus bientôt reconnaître que le cauchemar s’était dissipé. La poursuite n’avait été qu’une hallucination. La marche, quoique toujours rapide, devint alors extrêmement paisible, comme aérienne, boulimique de surcroît, donnant la sensation que rien ne pourrait l’arrêter. »
Bourdon s’agrippe et ses mains ne rattrapent jamais de simples restes de phrases. D’autant qu’avec elles, géologue aussi de l’âme, Il explore son sous-sol quitte à perdre les pieds. Reste pour lui la voie des salamandres et leurs yeux clos de jade. De schiste en schiste comme elles, il contourne l’ombre pour que jaillisse en surface sa lumière.
Par de telles acensions et plongées, le temps fait peser sa lourde chape de nostalgie. Néanmoins, il reste aussi léger que l’odeur de l’herbe. Sans regrets sans amertume, ce nouveau promeneur solitaire met sa mémoire en fuite lorsque cela est nécessaire. Le voici emporté jusqu’à l’horizon où des cristaux de roche teintent contre le bruit du sang qui tambourine dans les veines. De fait, le passé est un immense corps dont le présent est l’œil. Celui de Bourdon rêve et pense, le souffle entrecoupé dans cette marche quasi forcée.
Mais inflexion et réflexion dépassent la bouche. Les mots ne restent pas roulés en chrysalides. Et si parfois reste quelque chose d’acide dans la gorge, avant de sortir les mots tordent jusqu’à la fibre. Mais ils évitent la chute, porteurs d’espoir prononcé sans fin – même jusqu’à la nôtre.
jean-paul gavard-perret
Daniel Bourdon, Ascensions mineures, illustrations de Jan Voss, Fata Morgana Editions, Fontfroide le Haut, 2025, 80 p. – 17,00 €.