Gêne et tic ou les zèles du désir
(supposition douteuse pour une nouvelle psychanalyse)
Dans leur défrichage, de nouveaux savants essaient de tenir des bouts ensemble sans doute parce que des précisions viennent de là. Après Lacan, qui s’inspira de Freud avant de revenir à la biologie, existent chez eux des relations entre les botanistes et les psychanalystes. Ceux-ci préfèrent observer du monde à partir l’écume, le rebut, la lie plus que le tréfonds. Ils défendent de tels concepts pour aller à l’encontre de domaines dont les symbioses sont faibles même si ces propensions sont profitables aux conceptualisations théoriques.
Par quels chemins tortueux ces nouveaux maîtres parviennent-ils renouveler nos formes de vie ? Le tout bien sûr en un corps à l’obligation horizontale ou verticale en fonction des cures de l’inconscient. Ils s’appuient sur la symbiose du lichen, lui-même en résistance à l’évolutionnisme darwinien et sur les rapports entre parasitisme et contamination, lutte et compétition. Désormais, l’étude de la psyché devient de plus en plus compliquée car ses frontières ne sont pas étanches tandis que son centre avance dans des zones hybrides.
De tels spécialistes passent donc du lichen à une multitude de partenaires qui ne sont pas un état mais un processus. Pour eux, l’être humain s’accroche à un(e) autre qui, soit le nourrit, soit lui offre son habitat. Et cela présente une ouverture si l’hôte est imaginé comme l’écorce d’un arbre capable de donner une de ses multiples surfaces possibles.
Pour de tels experts, nous sommes lichens dont la prolifération est en toutes zones géographiques. Mais connaître un patient peut prendre dix ans car celui-ci arrive d’abord sans distinction, tapissé de microbes voire d’éphélides. L’action curative devient une puissance positive d’intervention et d’invention. Du paysage peu ragoûtant de l’être, surgit une multitude de forces afin de reverdir l’existence. Pensons et pour le comprendre à une plage infestée par des algues vertes que les tractopelles raclent pour la nettoyer et la rendre utilisable.
Cette symbiose continue avec les artefacts humains le plus souvent polluants dans le processus symbiotique. Ajoutons que l’imaginaire est sollicité pour faire jaillir (et le faire partager) notre émerveillement. Tentant de vivre loin de nos troubles, nos vies sortent de leur simple idée de leur nature et, sortant de nos les lignes emmêlées nous reconnaissons un ensemble de vie à deux.
Résumons : Ne faisant plus attention aux pièges de l’origine, ces nouveaux psychanalystes offrent, du verbal au récit, une fable à la hauteur des Mille et une nuits, ou un emboîtement loin de l’hétérogénéité primordiale. Elle se résout grâce ceux qui ferment enfin la fenêtre sur notre passé.
jean-paul gavard-perret
Photo : Mathilde Coq