Gabriela Mistral, Essart
Gabriela Mistral, quoique prix Nobel, reste une poétesse méconnue en France.
Elle est pourtant parmi ses pairs celle qui a relié avec une intensité profonde les éléments terrestres : êtres, animaux, végétaux et jusqu’au monde minéral.
Son écriture devient un mixage de sensations tactiles, d’odeurs, de saveurs, de visions hallucinées.
Nous sommes replongés dans un univers multiple et un dans une expérience de sérénité où fantômes, ombres et dieux côtoient les travailleurs les plus humbles et la nature qui les entoure et les nourrit.
La créatrice essarte, déchiffre une terre chilienne aride – celle de la Cordillère des Andes – qui prend une valeur mystérieuse faite de soleil et d’ombre, d’enracinement et d’exil. Cette terre, par l’écriture de Gabriela Mistral, reste dense et profonde, paysanne, charnelle et mystique.
Nous nous retrouvons aussi dans un pays de légende là où le poème devient fable.
Le monde est aussi rupestre et désertique que dense et tropical. L’enfance est retrouvée mais aussi transfigurée dans des mises en scènes fantastiques et profuses dans divers types de mises en tension entre la vie et la mort.
La terre elle-même devient cosmique dans sa profusion là où des esprits semblent vouloir venir en aide à ceux qui la rejoindront pour voir à leur tour de plus haut ce bas monde qui n’a peut-être de bas que cet adjectif douteux.
La poétesse parcourt ainsi le et son monde, marche sous des portiques écroulés entre des cactus emplis d’échos et de soleil avec parfois un cri tranchant et mystérieux dans le grand silence de l’air.
jean-paul gavard-perret
Gabriela Mistral, Essart, traduit de l’espagnol (Chili) et préfacé par Irène Gayraud, Editions Unes, Nice, 2021, 192 p. – 23,00 €.