Franco Piavoli, Attesa
Depuis son village de Lombardie (Pozzolegno), Franco Piavoli construit depuis les années 50 une œuvre cinématographique singulière. Il est aussi poète. Ses films et ses textes sont relativement méconnus sinon par des confrères prestigieux : Jean Rouch, Ermanno Olmi, Marco Bellocchio. Inclassables, entre documentaire et fiction, ses films (« Il Pianeta Azzuro » ( 1982), « Voci nel Tempo » (1997), etc. ) sont tournés dans son village avec sa femme et son fils.
L’autodidacte, devint d’abord photographe grâce à Ugo Mulas natif du même village que lui. Il passe au cinéma tout en créant fusains et pastels et des poèmes minimalistes dégagés de tout maniérisme et mièvrerie. Existent toujours dans son œuvre un éloignement et une attente comme le prouve ce beau livre. Dans celui-ci comme dans ses films émane un “ ordre ” entre réalité et fiction, littéralité et poésie. Et ce, à travers ses histoires de mémoires ou de ce qu’il en reste.
Le formalisme est toujours au service du sens et de la beauté. Franco Piavoli reste le guetteur de ce que le désir fait apparaître au lointain. Dans le brouillard de ses automnes il attend l’improbable : l’enfant et l’amour qui furent. Avant que le temps efface leurs traces dans l’opulence de la grande nuit, les mots restent des pas dans la neige.
Face à ce qui dépouille et ravine, proche du temps et de l’obscur, Attesa est à la fois une complainte et une rage douce. Les seuls mots sont ceux d’une solitude qui spécule encore sur le futur. Le poète espère aimer avec la même fureur que celle de ses seize ans. Il guette l’impossible comme jadis il le faisait à travers les arbres et par le trou dans le mur qu’il avait fini par ouvrir pour braver des interdits.
jean-paul gavard-perret
Franco Piavoli, Attesa, Pulcino Elefante edizioni, 2017.