Fil d’or et bottes blanches
Malgré un quotidien difficile, Marie poursuit son rêve
Chez nous c’est le Nord. On dit que c’est un pays plat, c’est faux, il y a des petites collines autour de la ville. On dit qu’il fait toujours gris dans notre ville de brume et d’usines. C’est un peu vrai, le soleil nous oublie. Mais Muche dit que le soleil se cache ailleurs et qu’il éclaire les gens de l’intérieur, comme une lampe. […] Je crois que le soleil a quitté le corps de maman. Depuis un an, la lampe baisse jour après jour.
J’ai peur qu’elle s’éteigne.
Depuis qu’elle n’a plus de travail, la maman de Marie passe ses journées en peignoir, boit des litres de café et ne fait plus de pain perdu. À toute les demandes de la fillette, elle répond invariablement « ce n’est pas le moment » et ressasse les souvenirs du temps où elle travaillait dans une usine de textile, désormais fermée. Alors c’est avec Muche, sa grand-mère maternelle, que Marie parle de son rêve : devenir majorette pour suivre la fanfare au pas cadencé en faisant voltiger sa canne. Mais pour cela il faut un costume et bien sûr « ce n’est pas le moment ».
Marie ouvre en soupirant le ventre de son cochon pour évaluer ce qu’il contient : bientôt elle pourra acheter la canne ; en ce qui concerne les bottes blanches, Muche, jamais à cours d’idées positives, propose d’aller fouiller dans une brocante. Reste à trouver le moyen de confectionner le costume bleu et or.
Dans cette ville du Nord dont on ne saura jamais le nom, Irène Cohen-Janca nous raconte un épisode douloureux de la vie de gens ordinaires qui pourraient être nos voisins. Pas de solution miraculeuse pour régler les problèmes, juste le courage, la ténacité, la solidarité et le travail ; le travail qui sous-tend toute l’histoire : le travail que l’on a perdu, la vie d’avant et celle d’après, ceux qui en ont et les autres, les tâches quotidiennes qu’on n’a plus envie d’accomplir. Le chômage, c’est la non-vie, la porte fermée aux désirs. Pourtant c’est grâce à son rêve et par l’intermédiaire d’une vente aux enchères que Marie parviendra à sortir sa mère de la déprime qui la ronge.
Un petit roman réaliste et tonique très réussi pour une tranche d’âge plus habituée aux sorciers et aux héros récurrents et chanceux évoluant dans des univers formatés. Une collection intelligente, « Zigzag », comme va-et-vient entre les mots et les dessins, dialogue entre deux formes d’écriture, l’écriture graphique, l’écriture littéraire, pour des enfants entraînés à des modes de lecture nouveaux.
patricia chatel
Irène Cohen-Janca, Candice Hayat, Fil d’or et bottes blanches, Éditions du Rouergue , coll. « Zigzag », 88 p. – 6,00 €.