Fabio Viscogliosi, Les cambrioleurs

Fabio Viscogliosi, Les cambrioleurs

Fabio Viscogliosi est un artiste, écrivain, dessinateur et musicien, né de parents italiens à Oullins. Il a collaboré en musique soit en solo soit dans divers groupe dont « Big Yum Yum », album instrumental enregistré en compagnie de musiciens enfants et consacré aux musiques du cinéma. Il a exposé ensuite au musée d’Art Contemporain de Lyon et a composé des livres. Dont ce septième ouvrage (et aussi second roman) qui est remarquable.

Les cambrioleurs emporte avec son narrateur dans une épopée intime et collective dont l’un des enjeux n’est autre que le difficile passage vers l’âge adulte selon une fiction initiatique. Au sein d’une rude réalité et d’une ineptie rêveuse, le héros plane dans Lyon – ville adoptive de l’auteur et dont il ne peut se séparer.
Ce décor des années 80 rappelle le charme d’une époque jaillie là où la petite troupe roule en R16 dont le radiocassette Marantz distille les « Modern Lovers ». Mais le narrateur réparateur de films est vite remercié. Pour le vindicatif, les cambriolages s’imposent en expéditions nocturnes, dont les auteurs reviennent un peu plus riches et découvrant un leporello dessiné par par Klee, Picabia, Schwitters, Léger, Miro, Picasso, Man Ray, Matisse, Duchamp.

Un tel objet fascinant, hors de prix, devient prétexte pour faire courir de tels pieds nickelés dans la banlieue de Lyon, puis chez un historien d’art set chez un couple de riches collectionneurs. Cela transforme la fiction d’aventures en roman d’apprentissage. S’y découvre au fil du temps et du récit le goût de l’amour mais surtout de l’écriture. L’auteur est sous l’ombre du narrateur-cinéphile. Sous sa dictée, il écrit : « imagine le livre en forme d’enquête sur les traces de cette mystérieuse œuvre d’art, l’accordéon serait de même le sujet et la forme, ce qui permettrait de croiser mille autres objets, petites et grandes choses en cascade. Il s’attache à cette histoire, qu’il retourne mentalement comme les faces colorées d’un Rubik’s cube. »

Tout devient question de jointure, de pli, de colle, d’associations à travers la voix du narrateur, semblable et frère de l’auteur. Fabio Viscogliosi écrit une fiction qui devient une archéologie pudique, vagabonde et ludique en fragments d’historiettes et péripéties, non sans rappeler l’atmosphère de – autre lyonnais –René Belletto.
C’est la même manière de détourner la crudité du dévoilement dans un présent moins lié à l’instant qu’à la durée avec humour et mélancolie. S’y dégage un portrait de l’auteur et artiste (via son narrateur) en une sorte d’histoire « in progress » dans cette succession d’occasions et de formation.

Fabio Viscogliosi, Les cambrioleurs, éditions Actes Sud, 2025, 208 p. – 18,50€.

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