Fabienne Radi, Cent titre sans Sans titre
Fabienne Radi répare ici une méprise. Si le lecteur retient le titre des livres, l’amateur d’art oublie ceux des œuvres qu’il contemple au détriment des artistes qui les créent. En choisissant parmi un catalogue de 3000 titres ceux qui lui parlent, à la manière d’un Derrida, Fabienne Radi – plus coruscante et incisive que son illustre prédécesseur – propose un essai sur l’amour et la question du titre dans l’art. Elle explore ses potentiels fictifs par delà les considérations liées à l’histoire de l’art.
Sans jamais confondre montagnes et collines, son imaginaire bat la campagne des titres qui deviennent des légendes non sous les images mais en ce qu’ils inspirent par eux-mêmes. Par delà leurs contours plus ou moins flous, parfois leur sonorité suffit à déclencher une micro tempête sous le crâne d’une écrivaine sujette aux effervescences. La puissance évocatrice des titres fait que son imaginaire rayonne en tête de gondole. Elle rappelle parfois Proust qui au simple mot Coutances, voyait une « cathédrale normande que sa diphtongue finale, grasse et jaunissante couronne par une tour de beurre ».
Dans cette perspective, son livre claque comme un drapeau de pirate sur un promontoire de mots-vecteurs. Ils deviennent des embrayeurs. Fabienne Radi y expérimente une poétique de l’incroyable. Elle héberge l’imaginaire hors de ses gonds. C’est un régal. Preuve – aussi – que la peinture n’est pas qu’une question de motif. L’amour des titres peut devenir son point de départ et un autre compartiment de l’art.
jean-paul gavard-perret
Fabienne Redi, Cent titre sans Sans titre, Boabooks, First Edition, Genève, 2015, 26 CHF.
