Guillaume Zeller, La baraque des prêtres. Dachau, 1938-1945

Guillaume Zeller, La baraque des prêtres. Dachau, 1938-1945

L’ Eglise à Dachau

Il est rare qu’un livre d’histoire suscite des émotions. C’est pourtant le cas de l’étude originale de Guillaume Zeller sur le calvaire subi par les prêtres catholiques dans le camp de concentration de Dachau, premier des camps créés par les nazis et le dernier libéré.
Le contenu proprement historique de l’ouvrage réside dans les informations très précieuses sur les persécutions nazies contre l’Eglise catholique et ses prêtres. La force de la haine anti-chrétienne, consubstantielle à l’antisémitisme, autant que la résistance spirituelle mais aussi politique du clergé poussent les dirigeants nazis à multiplier les arrestations de prêtres. Dans un premier temps, la répression s’abat surtout dans les territoires occupés, puis à partir de la guerre sur l’Allemagne. D’abord disséminés dans plusieurs camps, les prêtres sont finalement, sous pression du Vatican, rassemblés à Dachau. Ce sera leur Golgotha.

Ces malheureux y connaîtront le martyre des autres déportés : la faim, les coups, les expériences médicales atroces mais aussi un certain nombre d’humiliations liées à leur statut d’hommes de Dieu et de serviteurs de l’Eglise catholique. Dans des pages très fortes, Guillaume Zeller décrit le sadisme des SS et de leurs gardes-chiourmes, les tortures, la banalisation de la mort, les ravages du typhus. Rien n’a manqué.
Mais les pages sans conteste les plus émouvantes se situent dans la dernière partie du livre. L’auteur y consacre plusieurs chapitres sur l’intensité de la vie religieuse autour de la chapelle créée à l’intérieur du camp. Les prêtres, accompagnés par un évêque français déporté pour faits de résistance, parviennent à dire des messes et surtout à distribuer la Sainte Communion aux prisonniers et à maintenir vivante une vie sacramentelle à un point qu’on ne peut soupçonner. Un jeune prêtre, déjà l’article de la mort, parviendra même à être ordonné !

Quant à ceux qui doutent des bienfaits de la liturgie préconciliaire, ils seront peut-être convaincus par la force de l’union forgée par la langue latine. Comme l’écrit un survivant, le fait que le prêtre dise « les mêmes paroles latines que tous ses confrères, à la même heure, répétées dans le monde entier » lui fit oublier l’enfer concentrationnaire. Et que dire de la puissance de l’hostie cachée dans des plis de vêtement et du réconfort de la prière ?
Ce livre dépasse la première impression qu’il peut donner (une somme de témoignages). Il fera découvrir à de nombreux lecteurs que les prêtres catholiques eux aussi furent engloutis dans le système concentrationnaire nazi et surtout que jamais ces victimes ne doutèrent de la présence de Dieu, y compris dans cet enfer sur terre.

 frederic le moal

 Guillaume Zeller, La baraque des prêtres. Dachau, 1938-1945, Tallandier, janvier 2015, 313 p. -20.90 €.

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