Eugène Savitzkaya, Au pays des poules aux oeufs d’or
Quand poules et coqs n’ont plus de dents
Eugène Savitzkaya continue à mettre du trouble dans la fiction et le conte. Ses histoires démentent ce qui s’y dit ou s’y distingue généralement. Existe tout un jeu de farces, faces, attrapes et trappes pour les vieux nigauds que nous sommes. L’auteur met en rapport avec un monde dont il a le secret et que vivifie son langage.
Ici, le pays est immense et il est traversé d’un couple à la fois de nature mais contre-nature puisqu’il est formé d’une renarde et d’un héron. Les voici sur la piste d’une femme captive et à la recherche de la fée qui « libéra les enfants du joug familial, des matrones et des maquereaux. »
Mais tout n’est pas simple et pas uniquement parce que les poules ont disparu et que les coqs se font moines. Preuve que l’avenir n’est plus dans les oeufs.
Personne, néanmoins, ne peut dire si ce sont eux, brouillés, qui amélioraient l’homme ou si ce dernier donnait à l’omelette sa pleine saveur.
Ce qui est sûr est que l’absence de certains éléments contenus ici participent à tout l’agrément nécessaire à la consommation du conte tel que Eugène Savitzkaya le pratique par intervalles si réguliers qu’il en est devenu de fait la fondation de sa pratique. Sous l’influence de l’auteur et de son imaginaire, le réel comme la fiction relèvent pour une part de la farce.
Savitzkaya transforme le langage et son rythme en de nouveaux « Mystères » d’un genre impie. L’auteur y reste à la recherche du « feu fondateur » et d’un miracle.
Il se nourrit de toutes les matières sensuelles et des poules aux oeufs d’or comme d’autres de grenouilles et de menu fretin, de navets jaunes ou d’hommes et de femmes afin qu’une libération avance sans que le lecteur sache s’il s’approche du néant des choses et des êtres ou de leur accomplissement.
Mais, par une telle approche, la vie non seulement fermente : elle enivre dans une circulation qui tient de l’errance et de la performance.
Au milieu des orties brûlantes et des ogres, filles et garçons, dans leur sensualité, sont bien plus que ce qu’ils sont.
jean-paul gavard-perret
Eugène Savitzkaya, Au pays des poules aux oeufs d’or, Editions de Minuit, Paris, 2020, 192 p. – 17.00 €.