Eros énergumène : entretien avec l’artiste Marlène Bisson

Eros énergumène : entretien avec l’artiste Marlène Bisson

Quand la photographe se fait  souffleuse de bulles

Marlène Bisson ouvre l’image à un sens caché par une sensualité chorégraphiée à travers des corps qui paradoxalement ne sont pas « vivants ». Les poupées sont insérées à des mises en scène qui éludent ce qui serait trop cru ou évident. La photographe devient une souffleuse de bulles : les femmes mi-fées, mi-geishas ondoient dans l‘air. Le spectateur ne peut qu’être émerveillé par une beauté insaisissable et éphémère. Chaque bulle possède son bijou érotique cosmique, océanique, hiératique capable d’appréhender la forme parfaite de l’archétype de la féminité.
Mutiques, les poupées sont attirantes : elles possèdent une sauvagerie suave et représentent les stigmates de désirs déplacés du simple champ des fantasmes. De l’espace « scénique » surgissent les sensations accordant au corps le trouble de l’inconnaissable.

Entretien :

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
Un petit félin qui a faim… mon Merlin.

Que sont devenus vos rêves d’enfant ?
Des rêves de femme.

A quoi avez-vous renoncé ?
Au Karaté, à la moto et… à courir après les dollars.

D’où venez-vous ? Du « voyage »…

Qu’avez-vous reçu en dot ?
L’amour du plaisir, la quête de l’esthétique et le goût de l’étrange.

Qu’avez-vous dû « plaquer » pour votre travail ?
Je n’ai rien « plaqué » mais j’ai beaucoup « craqué »!

Un petit plaisir – quotidien ou non ?
Regarder un film à n’importe quel moment de la journée. J’adore le cinéma.

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ?
Mes fantasmes.

Quelle fut l’image première qui esthétiquement vous interpella ?

Le portrait du mannequin Veruschka von Lehndorff, Nice, 1975 par Helmut Newton (gamine, je l’ai gardé des années dans mon portefeuille sous forme de coupure de journal).

Et votre première lecture ?
La première « vraie » : The Catcher in the Rye de J. D. Salinger.

Comment définiriez-vous l’érotisme dans votre œuvre ?
D’une manière générale, l’érotisme est lié au corps et à sa sensualité. Une belle photographie érotique est censée être celle d’un corps dont les qualités physiques sont mises en valeur par le grain d’une peau, la brillance d’un regard, une couleur de cheveux… Or, dans mes photographies, l’utilisation de ma poupée de par sa matière plastique, interdit au spectateur de ressentir l’érotisme sous cette forme, mais permet de déplacer cet érotisme dans une autre sphère plus psychique.

Quelles musiques écoutez-vous ?

Toutes avec un penchant irrésistible pour le JAZZ.

Quel est le livre que vous aimez relire ?
Daddy de Loup Durand.

Quel film vous fait pleurer ?
Un bon comique !

Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ?
« Tu te regardes, mais c’est moi que tu vois ». Pavel Cazenove.

A qui n’avez-vous jamais osé écrire ?
J’ai toujours osé écrire, mais je n’ai pas toujours reçu de réponses…

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?
Le Japon et particulièrement la mythologie en référence à la poupée. À ce propos, j’ai pour livre de chevet L’Imaginaire érotique au Japon d’Anne Giard, un petit bijou.

Quels sont les artistes dont vous vous sentez le plus proche ?
Mon fils Pavel Cazenove (mon mentor), son père Olivier Cazenove (nous travaillons tous les trois en réseau). Hans Bellmer. Simon Yotsuya, Ryo Yoshida. Nobuyoshi Araki, Ed Fox, Irina Ionesco, David Hamilton, Roy Stuart, Helmut Newton, China Hamilton, Francesca Woodman, Neil Craver, Tomohide Ikeya… la liste est trop longue pour les citer tous !

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?
Fire Bird de Marina Bychkova, entre autres.

Que défendez-vous ?
L’élégance.

Que vous inspire la phrase de Lacan : « L’Amour c’est donner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas »?
« Ce qui n’est pas confirmé par le hasard, n’a aucune validité ». Hans Bellmer.

Que pensez-vous de celle de W. Allen : « La réponse est oui mais quelle était la question ? »
Une façon de prendre ses désirs pour des réalités…

Quelle question ai-je oublié de vous poser ?
Ma réponse est « Mûre et musc ».

Présentation et entretien réalisés par jean-paul gavard-perret pour lelitteraire.com, le 12 juin 2015.

One thought on “Eros énergumène : entretien avec l’artiste Marlène Bisson

  1. Chère Marlène Bisson,
    Hans Bellmer faisant un croche pied à Jacques Lacan et Bernard Noël n’aurait pas à réécrire son magnifique texte sur le peintre graveur, créateur de la poupée…
    Puissance du fruit et de l’animal sauvage : « Mûre et Musc » créé par Jean François Laporte l’Artisan parfumeur était une oeuvre de créateur. Ce qu’en fit son licencié a été condamné par la justice pour modification de la composition de la fragrance (dilution) pour maximiser son profit et ne vendre qu’un ersatz.
    Du fait du falsificateur condamné pour tromperie et atteinte à la propriété intellectelle, le créateur changea de nom : Jean Laporte, Maître parfumeur et gantier.
    Mûre et Musc fut une magnifique assocation !
    Bien à Vous
    J.Dubois

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