Ernest Pignon-Ernest, Figurae 1962 – 2018
Il existe dans le travail d’Ernest Pignon-Ernest une double postulation : l’une se voit et l’autre, plus profonde se soupçonne : l’apparition encore à venir de ce qu’il existe de plus organique dans l’être choisi pour objet de sanctification. D’où la fascination de l’artiste pour l’histoire qui nous rappelle ce que nous sommes » au fond » : à savoir, un amas de particules de pigments comme seule assise du monde.
Pour en arriver là, depuis plus de cinquante ans et par moments successifs, l’artiste a cherché a cerner des visages de figures mythiques puis d’anonymes.
Complètement habité par sa quête et son prosélytisme, l’artiste prouve (en partie) qu’avec de bons sentiments on fait un bon art. Pignon-Ernest ne fait pas partie des modestes qui osent affirmer, comme J-P Plundr en sa feinte de dilettantisme, que » la peinture c’est remplir du temps, passer du temps « . Et pour beaucoup, l’ « afficheur » reste le modèle de celui qui remet sans cesse son ouvrage en question quoique le reprenant souvent à l’identique en déclinant une même typologie.
Certes, après les personnages emblématiques qui habillent chronologiquement la première partie de l’œuvre, une métamorphose s’est produite en vue d’une plus grande malléabilité du vivant.
Cette transformation semble se délayer au sein de rituels compulsifs qui rappellent – sans forcément la justifier – l’injonction de Michaux : » au commencement la répétition ». Et si la volonté de l’artiste de représenter le monde s’engage à travers des figures de plus en plus communes et anonymes, son jeu et sa pratique demeurent assez frileux et sans plus guère de renouveaux esthétiques.
jean-paul gavard-perret
Ernest Pignon-Ernest, Figurae 1962 – 2018, Galerie Lelong, Paris, à partir du 16 janvier 2014.
