Éric Tarrade (texte) / Stéphanie Léonard (photos), Venin, place du Marcaillou
Nous voici à Bordeaux pour suivre un drame passionnel qui n’est pas sans rappeler celui d’un autre Bordelais plus connu.
Qu’est-ce qui a poussé le gérant du Grand Rex de Bordeaux à frapper son amie, Fabienne Brunet, 38 ans, au point de l’amener à une mort annoncée ? Cette histoire d’Éric Tarrade n’est pas une véritable enquête. Tout au plus une introspection dans le passé d’un homme et d’une femme qui s’aimaient et se haïssaient à la fois.
Lui a déjà un fils d’un premier mariage, Arthur, en pleine crise d’adolescence. Elle est mère d’une fille, qui se trouve en maison de redressement. D’ailleurs, de nouvelles facettes se dévoilent quand elle la revoit. Elle est très possessive, très jalouse et voit Arthur d’un mauvais œil.
Elle et lui se sont rencontrés dix-huit mois auparavant. Journaliste pour un hebdo gratuit de Bordeaux elle enquêtait sur les raisons d’une programmation dans un cinéma indépendant de la ville. Le Rex. Puis elle a frappé à la porte de son appartement avec des croissants et un préservatif. Elle a une amie colocataire, passablement envahissante, que lui s’empresse de surnommer La Vipère.
Ce qui se noue entre ces deux êtres déchirés par la vie est essentiellement bestial. Leur amour est d’une force telle qu’il débouche sur un drame qui n’est pas sans rappeler celui de Vilnius, subrepticement évoqué en fin de roman.
Éric Tarrade n’est pas aussi connu que les autres auteurs de cette fournée de « Noir urbain » que sont Georges-Jean Arnaud et Dominique Sylvain. Il n’en a pas non plus la carrure. Néanmoins, on est agréablement surpris par cette lecture, qui permet d’apprécier un style tout empreint de noirceur. On retrouve la plupart des écrits de cet auteur chez Atout éditions (notamment Gueule de bois et Château galère). Un auteur à suivre.
julien védrenne
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Éric Tarrade (texte) / Stéphanie Léonard (photos), Venin, place du Marcaillou, Autrement coll. « Noir urbain », 2004, 105 p. – 5,00 €. |
