Dominique Sylvain (texte) et Stéphanie Léonard (photographies), Les Passeurs de l’étoile d’or

Dominique Sylvain (texte) et Stéphanie Léonard (photographies), Les Passeurs de l’étoile d’or

Un flic doit en butte avec sa hierarchie – et sa propre tête – poursuit un dealer psychopathe…

À chacun son Moby Dick. Le rôle du capitaine Achab échoit, dans ce récit de Dominique Sylvain – Française domiciliée au Japon – au lieutenant de police Blaise Reyer. Sa baleine blanche, c’est un dealer, un vrai et dangereux, insaisissable comme il se doit, du nom de Patrick Boniface. Mais, quand Reyer rentre par effraction dans son nouveau repaire déjà abandonné, il découvre avec stupéfaction qu’un enfant fait partie de la vie du truand. Une chambre lui est réservée. Vide, bien entendu.

Sur ces entrefaites, une femme de ménage philippine et sans papiers fait son apparition. Elle va bouleverser la vie de Blaise. Elle insiste pour qu’il trouve un serrurier qui remette en état la porte fracturée par des cambrioleurs, dixit le lieutenant. En ce jour de Noël, ce n’est évidemment pas chose facile. Reyer frappe donc chez un voisin et se retrouve nez à nez avec un ancien camarade de lycée aujourd’hui paraplégique, Emmanuel Sollier.

Une vilaine chute de moto en Indonésie a eu raison de sa motricité. Cet ancien tombeur vivote en animant, dans l’ombre, des débats dans un café philosophique. Il accepte de réparer tant bien que mal cette fichue porte et se retrouve embrigadé malgré lui dans cette histoire. Une course poursuite effrénée s’engage. Blaise craint que Jonas – le fils de Boniface et d’une prostituée morte d’overdose – ne soit en danger : Boniface est en effet un véritable psychopathe qui n’hésite pas à jouer des poings et du couteau.

Selon le principe de la collection « Noir urbain », on affronte encore une fois une rue, ou plutôt un quartier, en l’occurrence ici celui de Bastille, côté Ledru-Rollin. Dans Les Passeurs de l’étoile d’or, la violence est omniprésente. Dans les mots et surtout dans la tête de Reyer, flic humaniste et déstabilisé, trop désespéré pour se suicider, débordant depuis sa plus tendre enfance d’une colère incontrôlable. On affronte la rue et ses méandres qui ressemblent à s’y méprendre aux circonvolutions du cerveau.

L’ensemble constitue un texte qui se lit vraiment bien, d’une traite – idéal pour (re)découvrir un auteur qui mérite le détour sans passer par la case départ, comme dirait un joueur de Monopoly. Cette collection évoque d’ailleurs de plus en plus ce jeu, tant par le format des livres que par ses couleurs et la manière dont elle convie à arpenter Paris. Mais ne nous y trompons pas, la vocation de « Noir urbain » n’est pas de se cantoner à la Capitale. Bordeaux nous ouvre ses portes, déjà, grâce à Éric Tarrade et Venin, place du Maucaillou, tandis que Georges-Jean Arnaud, avec Les Secrets de l’allée Courbet, nous entraîne à Toulon.

julien védrenne

   
 

Dominique Sylvain (texte) et Stéphanie Léonard (photographies), Les Passeurs de l’étoile d’or, Autrement coll. « Noir urbain », 2004, 120 p. – 5,00 €.

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