Eric Coisel, Photos mobiles – Voiture au point mort (exposition)

Eric Coisel, Photos mobiles – Voiture au point mort (exposition)

Quelques chevaux mais pas plus

Une tache au milieu du vert, une sorte de fleur de métal, une fleur affligée qui marque le tronc des arbustes de sa signature de rouille. Et le tour est joué. Eric Coisel nous porte dans un monde où, à la place d’un conducteur, le vent entre par des portières de carlingues aux vitres cassées. Il entre mais ne s’arrête pas. Et reste forcément hors « champs » même si l’épave y fait plus ou moins bonne figure. Elle tient contre les ronces, les ronces tiennent contre elles.
Mais le cimetière des voitures n’a rien de celui d’Arrabal. Il y a là presque un air de fête lorsque des enfants se faufilent dedans pour jouer. Ils viennent là comme sur les lieux d’un crime que, sans le savoir, ils ont anticipé.

Un homme en passant se souvient des jambes de la femme en noir allongée sur la banquette d’un même modèle. La voiture fut leur miroir. Un miroir désormais éclaboussé par la haie. La femme en noir est reprise par le vert. Ou plutôt, cela fait belle lurette qu’elle a grimpé le talus, pour suivre la route. Elle ne voudra plus rien savoir de la voiture bleue oxydée par l’air qu’elle ne fend plus, endormie dans les branches. Coisel lui s’en soucie. Il cherche ses pans de couleurs qui respirent encore.
Quelques cageots sont cachés dans un cockpit dans l’attente d’une cueillette improbable. Au matin, des escargots transitent sur le capot. La nuit, la course des lapins n’est plus décentrée : les phares de l’auto immobile ne les importunent plus. La photo, elle aussi, suit son cours.

jean-paul gavard-perret

Eric Coisel,  Photos mobiles – Voiture au point mort, Librairie l’Esperluète et Le Pont des Arts, Chartres, 8 septembre – 23 novembre 2018.

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