Eric Chassefière, Pour que parle la beauté
Le tout et l’un
Grâce à la poésie, chaque route est un rivage pour pas ailés. Et quitte à reprendre parfois la même, le répétition trahit la rime chez Eric Chassefière afin d’ouvrir l’inconnu. Arbres de Judée, roches sur une jeté, le sec et le salé, dès le passage des douanes la lumière secrète des lieux « déténèbre » des nuits de l’âme pour le profit et profil des aubes.
Au sein de cet ensemble recueil témoin de la beauté du monde, tout vent est un Mistral gagnant. Le poète retrouve dans ses périples des retournements natifs et une quête d’intégrité entre les fleurs du tamaris, les goélands roux au couchant, là où sables et mers s’accordent pour installer l’immuable.
Chaque voyage précède les poèmes. Ils peuvent divaguer, même le plus lointain, mais jamais dans l’incertain. Du ventre des terres, les poèmes dansent dans leur grâce des instants. Du cours de ses voyages, l’auteur découvre sa destinée. A l’unité succède le multiple même si, après tout, la beauté est une demeure d’eau, de forêts et autres remontrances, quelles que soient longitudes et latitudes.
A sa manière, Chassefière devient un pèlerin qui opte comme dévotion pour la beauté des mondes même s’ils restent parfois malmenés. Mais jusque dans de telles failles se succèdent ici des éphémérides constantes là où l’existence n’est plus un songe. Bref, d’un recueil à l’autre le temps de la beauté est annoncé sur l’aplat d’un rivage où, parmi ses rides, oliviers et pins créent leur marche en plein air, toute peau solidaire du vent et de l’instant.
Chaque poème révèle de la sienne bien des onctions secrètes. Existe dans chaque voyage une coquille où saisir un viatique de lumières inédites ou retrouvées que Chassefière évoque, en chaque partie mais vers une fusion et une unité.
jean-paul gavard-perret
Eric Chassefière, Pour que parle la beauté, Editions Rafael de Surtis, 2025, 316 p. – 25,00€.