Enna Chaton, Le bleu du ciel

Enna Chaton, Le bleu du ciel

Dévêtus et libres

Le bleu du ciel  d’Enna Chaton n’a plus beaucoup de lien avec celui de Bataille. Si l’artiste joue moins de la perversité que l’auteur, elle reste plus rétive que lui aux apparences et sans doute plus indocile. Car la question du nu et du modèle présentée par la performance et les photographies de l’artiste devient un ensemble de tableaux particulièrement pertinents. Ils appellent à leur horizon des séquences et des narrations. Chaque tableau se compose de plans séquences d’hypothétiques performances ou de différents «arrêts sur image».
Ces ensembles mettent en scène des participants invités à explorer des territoires inconnus. Enna Chaton nue, avec eux, tente d’ouvrir un espace permissif expérimental, créatif où l’être se révèle différent de son quotidien. Le corps lui-même « dénude » les normes, les stéréotypes en une confrontation avec soi-même, les autres. Les supports photographiques – enregistrées de manière discrète – sont intiment liés à ses performances dégagées du voyeurisme et l’exhibitionnisme. A la seule sensualité fait place le retour à un point d’origine là où se fait  l’exploration du désir. L’ambiguïté et la force du travail esthétique et éthique viennent de ce sujet premier : le plus archaïque et le plus complexe, qui implique la maîtrise mais qui se nourrit de pulsion libidinale, qui mêle la plaisir et l’angoisse.

Par le renouvellement du dispositif stratégique des images, Enna Chaton introduit un autre libertinage : il ne joue plus sur la seule séduction de façade. En ce travail qui traite de la sphère la plus intime, Enna Chaton ne provoque pas une excitation sensuelle mais dérange. Un ignoré du corps est rendu visible. Ce n’est plus seulement la façon dont le corps parle le désir mais la façon dont le corps exposé nous parle.

jean-paul gavard-perret

Enna Chaton, Le bleu du ciel, CRAC Languedoc-Roussillon, Sète, du 6 février au 31 mai 2015.

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