Elisa Biagini, L’intravisto
Des hommes
Pour Elisa Biagini, « L’entrevu » est ce que nous observons avec difficulté, par fragments, «l’œil appuyé sur la fissure». Cet obstacle dans les vers d’Elisa Biagini devient une force pour mieux se connaître soi-même et l’autre que soi. Dès lors, un regard oblique ouvre des horizons où situer les souvenirs. Et la poétesse perçoit l’ailleurs, plus il semble toucher le fond d’elle-même, pour se regarder véritablement et se réorienter : « je reprends la boussole, je soulève le miroir », dit-elle. Avec le choc et l’épaississement des significations autour d’images récurrentes (animaux, pierres), « faisant l’ourlet du silence », de l’ombre de la mémoire et de « ce qui est au fond du miroir », transparaît le bruissement de l’impensé.
Peu à peu, émergent les instantanés d’un dialogue avec un « tu » : une communication difficile, faite de phrases interrompues, de silences, d’absences. La poésie d’Elisa Biagini devient donc une poésie qui existe dans le monde de manière dialectique, en saisissant le conflit et en lui donnant voix, racontant à yeux ouverts « ce qui reste de l’effacement ». Et dès lors (et pourquoi pas ?), « Avec des visages pâles / comme des lichens / nous faisons des nœuds / à l’herbe / avant de descendre /. dans la fumée et sonder / les marches / qui nous coupent / les ombres. »
jean-paul gavard-perret
Elisa Biagini, L’intravisto, Einaudi Collezione di poesia, 2025, 88 p. – 10,00 €.