Elena Bibolotti,Io e il Minotauro
Dans le labyrinthe
Elena Bibolotti connaît les femmes (ses sœurs) et les hommes. Et pour ce roman, elle puise dans son bagage émotionnel ce que vivent les femmes qui peuvent se reconnaître dans son héroïne et qui, progressivement, peuvent retrouver leur bonne image d’elle-même, la force de leur corps et de leur âme. L’auteure donne un pouvoir à la fiction là où un manipulateur parvient à dominer les femmes et à les soumettre en utilisant leurs insécurités et leur fragilité. Pour autant, la créatrice n’est pas systématiquement binaire, d’où sa capacité à analyser la complexité des amours et de l’existence matérielle.
Le livre est aussi dur qu’érotique au sein des flux de consciences et des corps. Mélange du visqueux et du tentaculaire, la toxicité masculine et parfois animale sort de sa coquille. Le Minotaure n’est pas loin mais l’auteure est une femme savante, inspirée, inclusive. Et son héroïne, malgré ses affres et illusions (perdues), n’est pas une victime. Suprême art d’Elena Bibolotti : ses mots ne sont pas les enfants inconnus de l’amour et ils sont puisés en la profondeur d’une vibration du bord du silence. L’auteure, suivant le chemin de la nuit, reste elle-même reine altière au plus près des amants. Leur manque va au-delà de leur regard sans oublier qu’ils n’habitent pas que le refleurissement de leur mimosas mais boitent jusqu’au bout de la vulnéraire.
Dans un tel roman, des flots se soulèvent, se creusent. Chacun se veut ivre de sa liberté inconnue mais le feu devient pour eux une entrave. Le Minotaure a dressé des barrières contre la « Maudite », parce qu’il incite à des pratiques intolérables. Mais l’héroïne n’est en rien une oie blanche. D’un coup de reins dans un litl, ’un ou l’autre peut être rejeté et se fragmente en étincelles, fumée et souffre.
Preuve que dans l’amour réside une rupture initiale : depuis ce moment premier, ils devinrent antagonistes. Mais la Bibolotti nous rappelle que nous gardons dans nos gènes cette mutilation. Dès lors, pourquoi résisterions-nous à ce qui nous attend chacun à notre tour ?
jean-paul gavard-perret
Elena Bibolotti, Io e il Minotauro, Giazira Scritture, 2021, 192 p. – 15,00 €.