Doina Ioanid, Le collier de cailloux
Les poèmes en prose de Doina Ioanid sont des merveilles d’allusions : « Corps enduit de vert de Paris. Tu aurais dû rester, encore un temps pour mieux me préparer ». Au milieu de ses glissades existentielles la poétesse tente de retrouver sa respiration. Celle de l’amour qui ne peut plus se vivre. C’est simple et fort comme un baiser à celui, le disparu, pour qui l’auteure écrit.
Si bien qu’à 36 ans elle peut se croire à la fin de sa vie. Mais c’est aussi ce qui fait qu’elle continue, s’accroche au moment où elle écrit de manière minimaliste ce qui la dévaste. Et ce, avec une exigence d’impatience, parfois des brisures rythmiques et la nécessité d’aller vite comme pour récuser l’arrêt qui a eu lieu.
Jaillissent quelques superbes images au sein de la violence incantatoire et sa vibration. Elles ramènent à l’élan, sa perte, une douceur passée terrible et une forme de révolte tacite. La poétesse reste en état de veille là où l’œuvre souligne la disparition et la certitude inébranlable sur laquelle elle espérait fonder sa vie.
D’une certaine manière, écrire revient à ne pas renoncer face à la négation. D’où l’aspect violent du livre face au « froid que le poêle en faïence n’arrivait pas à vaincre » mais face auquel la brûlure ardente reste – pour celle qui demeure – l’espoir de passer d’un jour à l’autre, de reprendre et de continuer en comptant sur une patience que le poème permet d’habiter, au fil des jours. Même si parfois l’auteure ne rêve que de se réduire à une « boule de bowling » qui n’aurait même plus besoin du paradis artificiel qui se nomme écriture.
jean-paul gavard-perret
Doina Ioanid, Le collier de cailloux (poèmes de passage), traduit du roumain par Jan H. Mysjkin, Atelier de l’agneau, collection transfert, 2017, 70 p. – 17,00 €.
