De Bosch à Edward Hopper : entretien avec l’artiste Marc Rogoff ( The Capgras Invocation)

De Bosch à Edward Hopper : entretien avec l’artiste Marc Rogoff ( The Capgras Invocation)

Avec The Capgras Invocation, Marc Rogoff invente une narration où là femme est proie ou bourreau dans un jeu théâtral d’ombre et de lumière. Surgit l’incandescence et la solidification d’une communauté inavouable. Les jambes de l’ange noir deviennent les élément du songe au sein de la « matière » lumière. L’énigme rampe au sein de lieux équivoques et délétères.
Marc Rogoff métamorphose le leurre du luxe en une simplicité « picturale ». La convention est au service du mystère. Le regardeur éprouve le sentiment d’atteindre le plus secret de moments non d’intimité mais de doute. Le monde est suspendu. Les frontières du réel sont disloquées pour permettre une traversée incertaine d’un labyrinthe oculaire où l’innocence n’est plus de mise.

Entretien :

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
Je crois que ce qui me fait lever tous les matins est l’opportunité d’un nouveau jour sur la terre qui me permet de découvrir encore plus de choses au sujet de l’univers et de toute chose. J’ai la chance d’être capable de poursuivre une carrière créative qui me permet d’explorer et d’apprendre : c’est quelque chose qui conduit chaque minute de ma journée.

Que sont devenus vos rêves d’enfants ?
Je voulais devenir pilote comme mon grand-père et ce fut un choc lorsque j’ai appris à 16 ans que je n’avais pas les qualités requises pour poursuivre dans cette voie. Rétrospectivement, je suis tout à fait content que ma vie ait du prendre un tour totalement différent.

Qu’avez-vous dû abandonner ?
Si vous voulez parler de ma carrière : rien ! Je l’ai conduite pour qu’elle soit ce qu’elle est aujourd’hui. Si vous me demandez ce que j’ai du abandonné dans la vie, je dirais encore : rien. Je n’ai rien réellement abandonné. Je suis quelqu’un d’extrêmement déterminé, c’est pourquoi si j’ai abandonné quelque chose, ce n’était pas subi mais choisi.

D’où venez-vous ?
Je suis né en Afrique du Sud et je suis venu en pension pour mes études en Angleterre dès l’âge de 11 ans.

Quel est la première image dont vous vous souvenez ?
Une reproduction du Jardin des Délices par Jérôme Bosch (une description du paradis et de l’enfer) qui était accrochée sur un mur de notre maison en Afrique du Sud. Je la regardais fixement pendant des heures. Et Je pense qu’elle m’influence toujours aujourd’hui.

Et votre première lecture ?
Le premier livre que je me rappelle avoir lu est L’arbre de tous les ailleurs”par Enid Blyton, un livre sur une série de mondes qui existent à différents niveaux d’un arbre. Et ce livre, aussi, m’influence encore aujourd’hui.

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ?
Je ne suis pas sûr d’être capable de répondre à cela. Je pense que chaque artiste est différent et que si vous mettez dix photographes dans une même pièce et si vous leur demandez de photographier un objet, vous aurez à la fin dix photos très différentes. Mes propres expériences induisent ce que je fais inconsciemment et je dois posséder un étrange ensemble d’expériences qui me font différent des autres.

Où travaillez-vous et comment ?
Je travaille au Royaume Uni principalement où je passe beaucoup de temps pour mes différentes prises de vue.

A qui n’avez-vous jamais osé écrire ?
Je peux être assez franc, donc si j’estime que je dois écrire à quelqu’un, je le fais pour engager avec lui un dialogue intellectuel.

Quelles musiques écoutez-vous ?
J’ai un goût très éclectique en musique, du Rock à l’Ambient, de L’Indie Rock à la musique classique.

Quel livre aimez-vous relire ?
The Buddha in Daily Life
 de Richard Causton

Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ?
Je suis comme un mirage. Je ne peux me voir de manière précise. Je change d’un instant à l’autre. Je pense que je reflète la base de ma réalité de cette façon. Rien n’est statique, rien ne dure. Je m’effraye parfois en m’examinant dans mes propres yeux trop longtemps.

Quel ville ou lieu à valeur de mythe pour vous ?
J’aime Le Cap. C’est une ville qui a peu d’espace pour se développer entre la Montagne de la Table et l’océan. C’est la ville la plus connectée à la nature que je connaisse. Vous pouvez sentir l’odeur de la mer depuis un immeuble de bureau et prendre votre voiture pour en dix minutes vous retrouvez dans la nature sauvage. J’aime ça.

Quel sont les artistes dont vous vous sentez le plus proche ?
Je crois d’Edward Hopper. Je sens que si j’avais poursuivi dans la peinture, je serais devenu le genre d’artiste qu’il voulait être et que j’aurais voulu être. Par ailleurs, j’aime Dali pour sa profondeur de l’exploration de l’esprit.

Quel film vous fait pleurer ?
Toy Story
(je n’ai aucune idée de ce que cela dit sur moi…)

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?
Une fin à la rhinocéros braconnant dans le monde.

Que vous inspire la phrase de Lacan : « L’Amour c’est donner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas »?
Je sens qu’il s’agit d’une vue plutôt dépressive de l’amour puisque cette phrase suggère qu’il est impossible. Je suis un romantique, c’est pourquoi je crois que l’amour revient à prendre le risque de donner la part la plus intime et personnelle de soi-même à quelqu’un en lui disant : « garde le bien » – en espérant qu’elle ou qu’il le fasse.

Et celle de W. Allen: “La réponse est oui mais quelle était la question” ?
Recommenceriez-vous cette vie à nouveau ?

Quelle question ai-je oublié de vous poser ?
Où allons-nous à partir de là ?

Présentation et entretien réalisés par jean-paul gavard-rerret, traduction de l’anglais par lara gavard-perret, pour lelitteraire.com le 21 juin 2016. 

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