Dazay Osamu, Pays natal
Nous serions de vieux amis, nous irions faire ce voyage de retour cher à nos cœurs
Nous serions de vieux amis, nous irions faire ce « voyage de retour » cher à nos cœurs, vers notre pays de souche, vers ces racines de nos souvenirs.
Nous croiserions des visages non pas oubliés mais enfouis qui resurgiraient au détour de paysages avalés, digérés par nos pensées enfantines et laissées pour compte depuis un long temps.
Le goût sucré de l’enfance amènerait à nouveau sous nos paupières usées des images de l’âme pure que nous avions alors. La couleur vraie de qui nous étions il y a si longtemps. De cette alchimie essentielle jaillirait un drôle de dialogue intérieur, heurtant ce que nous sommes devenus à nos rêves innocents. La lumière de cette terre serait nouvelle, plus chaude, plus pénétrante que dans nos souvenirs pâlis et déformés.
Dazai Osamu nous emmène dans son pays, retrouver une époque et des paysages qui peuvent nous échapper, à nous Occidentaux. Nous avons le sentiment un instant de lire le guide touristique d’une région inconnue, aux mœurs exotiques parfois, aux usages et aux politesses d’un autre temps. Les dialogues sont rêches et les conversations abruptes, comme de courts haïkus de campagne. Pourtant le personnage bientôt nous accapare et l’univers dans lequel il nous plonge ressemble par endroits au nôtre. Ses souvenirs, bien qu’étrangers, ont un goût qui nous rappelle une jeunesse universelle.
L’itinéraire emprunté par le personnage central suit, sans faute, la région de Tsugaru, au nord de Honshu, l’île principale de l’archipel japonais. Mais c’est aussi un roman qui parle d’une certaine nostalgie, d’un retour aux racines, d’un voyage non pas initiatique mais plutôt d’une sagesse encore à acquérir, d’une réflexion profonde que l’on se devrait à soi-même.
Tout au bout de ce « bout du chemin »… il y a non seulement le pays natal mais aussi la maison natale et derrière le voile de cette maison, les êtres réellement chers à nos cœurs. La route cependant est longue et parfois aride avant de pouvoir les reconnaître à leur juste valeur. Le héros de cette chronique finit par se trouver et reconnaître ceux auxquels il tient vraiment. Ce bout de son enfance, ce paysage devenu désormais limpide, lui permet de repartir vers sa vie, plus léger et plus accompli.
Il faut de la persévérance, il faut de la ténacité au lecteur pour tenir le fil de ce roman/guide d’un autre âge. L’écriture en est parfois sèche, le personnage est parfois maladroit et l’on a du mal alors à s’identifier à lui. Les paysages, à leur tour, sont décrits schématiquement au détour de l’histoire du personnage principal dont les qualités humaines peinent à apparaître. Pour ceux qui ne connaîtraient pas les usages japonais, la lecture de ce roman paraîtra parfois trop aride. Cependant, aller jusqu’au bout de ce voyage-là offrira au lecteur un dénouement qui éclairera subtilement tout le chemin ainsi parcouru.
karol letourneux
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Dazay Osamu, Pays natal (traduit du japonais par Didier Chiche), Editions Picquier Poche, octobre 2005, 283 p. – 8,50 €. |
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