Danielle Collobert & Jacques Hémery, Je partant voix sans réponse articuler parfois les mots
Desiderata
Danielle Collobert dans cet ensemble devient l’étoile d’araignée. Tel des marlous, Jacques Hémery et quatre musiciens envahissent son crâne pour habiter sa cavité. La poétesse n’est plus que le e muet de sa presqu’île, de sa presque elle. D’une carpe, elle ne peut même plus soutirer le mot diem. D’autant qu’ elle n’est pas de celles qui peignent en jaune les canaris quand ils se fâchent tout rouge.
Pourtant, elle ne prend pas la lune pour l’autre. A savoir, un mot pour un autre. Elle en casse la croûte et, après l’avoir couvert du regard, elle le déshabille des yeux. Elle devient celle qui persévère pour aboutir à l’échec jusqu’à être incapable d’imiter sa propre signature lors de son mariage. Elle préfère l’hymen particulier entre son texte et les encres et images dont elle attend tout, pensant que, toute chair étant faible, il faut l’acclamer.
Cyclope louche, Danielle Collobert descend plus facilement au fond des mots qu’elle n’en remonte. Mais au plasticien et aux musiciens de prendre la relève : pour la poésie de la créatrice, ils se donnent du mal jusqu’à scander les derniers maux. C’est ainsi que la vieillesse de la langue trépasse pour que l’infini reste sur sa faim. Et c’est aussi pour cela qu’à travers une musique séquentielle, grinçante et expérimentale, les sons tels des petits pois sont rouges.
Le logos du discours n’en dira pas plus long et en lui les fins de moi resteront difficiles.
Fini le temps où la « tête chercheuse allant voulant désespérément coller son suc quelque part ». Texte et images changent de cordes vocables. Il ne s’agit plus simplement de sacrifier au désir du texte. Danielle Collobert ne s’en repent pas. Au contraire. Tel le nain Atchoum, il ne lui reste que peu d’ « éternuité » devant elle mais, dans son compte à rebours, le sable émouvant ne l’effraie pas.
Jeter de l’huile sur le feu sacré n’y change pas plus que de battre un chien d’aveugle avec une canne blanche. La poétesse sait cependant laisser museler la logique par les encres et abandonne la philosophie à ses musichiens qu’elle ne caresse pas forcément dans le sens du poil. Sachons qu’il n’y a plus d’O dans son histoire. Le lamento domine. Les nonnes dont le beau cou plaît beaucoup pourraient montrer leurs saints mais cela n’y changerait rien. Les appâts rances ne sont plus sauvés.
Quant à Danielle Collobert, elle se fait la catalane pour franchir les périnés. C’est pourquoi elle va – fort bien accompagnée – laisser sur ces mots de quoi mesurer la portée et retrouver une fixation première qui remonte sans doute à la nuit sexuelle. En broyant magma, syllabes, silence elle reste tout à fait consciente de l’importance de sa découverte et de sa pompe funèbre. En attentant, et pour retrouver souffle et combler l’absence de l’autre corps, elle nous remercie de notre attention.
En musique et chant crissés, le texte devient un roman fleuve sans amour. Le lecteur peut toutefois le dédier à une Miss si chipie. Elle serait la parfaite noire sœur de celle dont la scansion ardente reste (contre toute attente ?) celle de l’existence.
jean-paul gavard-perret
Danielle Collobert & JacquesHémery, Je partant voix sans réponse articuler parfois les mots, CD avec Elisabeth Bartin et Sophie Délizée (voix), Michel Dondela (saxo soprano), Gerard Fabbiani (clarinette basse), Editions crbl, Valence, 2016 – 30,00 €.