Daniel Spoerri entre rêve et réalité – entretien avec l’artiste
Spoerri crée moins des images que des installations drôlatiques et iconoclastes. Depuis ses « tableaux-pièges » qui le firent connaître, ce « nouveau réaliste » permet aux rêves de se constituer. A travers ses assemblages, il donne au spectateur le moyen de fourbir ses propres images. Et parfois de les manger puisque l’artiste est un des maîtres du « Eat-Art ». L’artiste suisse ne cesse donc de plonger la vie dans le rêve, le rêve dans le réel. Celui-là se comprend dans les flux dynamiques et des courants. Ils ouvrent sur un portant atmosphérique, une iconologie des intervalles, une incongruité des images. Souvent – comme dans son jardin de Toscane – l’espace qui entoure les propositions devient partie physique de celles-là. Le lieu reste un élément constitutif du travail. Il est « idéal » et donc non interchangeable. Dès lors, telle une chimère qui se moque de l’horloge, l’œuvre laisse des séquelles – lesquelles ne cessent d’avancer. On ne pourra jamais taxer le créateur de nostalgie même s’il peut se permettre de rester un sentimental invétéré.
Interview de Daniel Spoerri :
Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
La nécessité de faire pipi..
Que sont devenus vos rêves d’enfant ?
J’ai abandonné mes rêves d’enfants.
A quoi avez-vous renoncé ?
Ce que j’ai donné, je ne le regrette pas.
D’où venez-vous ?
Toujours d’ailleurs.
Quelle fut l’image première qui esthétiquement vous interpela ?
Un chien méchant.
Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ?
La même chose qui distingue ma personnalité.
Où travaillez vous et comment ?
Le plus souvent là où j’habite et je dors.
A qui n’avez-vous jamais osé écrire ?
A tous les directeurs de services secrets de toutes les dictatures
Quelle musique écoutez-vous en travaillant ?
Aucune.
Quel livre aimez-vous relire ?
Stephen Greenblatt (« feuille verte ») » The Swerve ». Ndlt : le livre n’existe pas en traduction française à ce jour et la traduction « feuille verte » est une ironie de l’artiste lui-même.
Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ?
Un vieil homme qui ne veut pas croire qu’il est vieux.
Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?
L’île de Symi dans la mer Egée près de Rhodes.
Quels sont les artistes dont vous-vous sentez le plus proche ?
Ceux qui sont mes amis.
Quel film vous fait pleurer ?
Le regard de la vendeuse de fleurs dans « Les Lumières de la Ville » de Charlie Chaplin quand elle reconnaît qu’il a payé son dû.
Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?
Rien.
Que vous inspire la phrase de Lacan : « L’Amour c’est donner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas » ?
L’amour est une maladie mais rarement quelqu’un se laisse infecter.
Enfin que pensez-vous de celle de W. Allen : « La réponse est oui mais quelle était la question ? »
Je réponds avec une autre citation (d’Oscar Wilde): « Les questions ne sont jamais indiscretes. Les réponses le sont parfois « .
Présentation et entretien réalisés par jean-paul gavard-perret pour lelitteraire.com le 27 juillet 2013
