Daniel Pozner, Désinvolture des engrenages

Daniel Pozner, Désinvolture des engrenages

L’aventure littéraire

« Lieux, traces, personnages, je vous les laisse. Des cubes, des flèches, des silhouettes, des mots. Savez-vous ce que vous aimeriez lire ? Tout est chaud, vrai, cassant. La main ouverte, les doigts serrés, je suis un peu plus loin. Vous me raconterez. », écrit Pozner en tant qu’appel, invitation et réponse à un tel au voyage très langue qui devient une si belle et ambitieuse entreprise littéraire avec à la fois tous les effacements possibles du simple logos pour une autre dignité du verbe.

Les mots avancent ou sont en retard par effet d’alphabet. Non seulement « l’alfa bée » mais la syntaxe se démultiplie en coupures et volumes pour désorganiser avec gourmandise et goinfrerie le monde et ses ordres. Face à la cupidité « libérale », la littérature offre un retour d’ombres (mais surtout de lumières) en prouvant combien tout logos peut s’enrayer lorsque les cotes du non-sens et des côtés inédits de cubes jaillissent inopinément.

Les mots, lieux, sombres héros ne sont jamais obscurs et inertes. Le langage agit, joue de ses charades, de ses syntaxes et sémantiques. Si bien que les « fables » et propositions de Pozner entraînent le sens vers une extase du lectorat. Loin de l’ordre discursif, l’auteur offre par une démarche libre la capacité d’atteindre tout sauf l’indifférence du lecteur. Celui-ci est secoué jusqu’à se demander qui de lui ou de l’auteur inventa l’autre. Mais avec l’espoir secret d’assurer l’avenir des deux.

jean-paul gavard-perret

Daniel Pozner, Désinvolture des engrenages, éditions Louise Bottu, Paris, 2024, 88 p. – 13,00 €.

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