Daniel Lacotte, Le Chat et ses mystères
Sacré et vénéré, puis persécuté, torturé et massacré sans raison, le chat ne laissa jamais indifférent
Depuis la nuit des temps, le chat occupe une place à part dans les sociétés du monde entier. Tour à tour vénéré, puis persécuté ou redouté, il est aujourd’hui l’animal de compagnie le plus apprécié et le plus répandu.
Daniel Lacotte présente dans cet ouvrage une étude très fouillée et complète, véritable historique du chat à travers les âges. Puis, il se concentre sur quelques individus exceptionnels, « Des histoires de chats » pas banales. Enfin, dans une dernière partie qui nous semble ne présenter qu’un mince intérêt au regard des précédentes, il nous fournit un « Le saviez-vous ? », sorte de glossaire regroupant expressions ou autres informations diverses sur le félin.
Les membres du vaste club des amis des chats savent généralement qu’en Egypte ancienne, ces créatures étaient autant d’incarnations d’une divinité vénérée, la déesse Bastet. L’animal était l’objet de beaucoup d’égards, respecté, nourri, protégé, voire embaumé et momifié. S’agissant d’un être sacré, le tuer, même accidentellement, était passible de la peine de mort ! Et lorsque le félin d’une famille succombait, celle-ci devait prendre le deuil et les propriétaires de la maison touchée par ce drame se rasaient les sourcils.
Paradoxalement, sorte de rançon de sa gloire, il était aussi parfois sacrifié, puis momifié et offert à la déesse ou gardé comme talisman. Cette influence du chat sur la société égyptienne a, en fait, des origines très matérielles et concrètes : excellent chasseur, il a su se rendre indispensable en se faisant gardien et protecteur des greniers, et tueur des nombreux serpents dangereux pour l’homme. D’ailleurs, les Grecs et les Romains remplaceront progressivement leurs belettes et autres furets par le chat car, outre les qualités exceptionnelles dont le félin fait preuve pour chasser les rongeurs, il faut bien avouer que l’animal y ajoute une large palette d’atouts de séduction que ces deux précédents concurrents ne possèdent guère !
Étonnamment, c’est cette faculté de se faire aimer pour sa personnalité qui lui vaudra ailleurs d’être soupçonné de détourner le bon chrétien de l’amour unique qu’il doit à Dieu. Corrupteur des âmes, incarnation de Satan, il devient sous l’Inquisition le compagnon des hérétiques et des sorcières, subissant souvent le même sort qu’eux. Heureusement, après trois siècles de ce traitement, le chat est enfin réhabilité, comme le prouve l’histoire du Chat Botté reprise par Charles Perrault, dans laquelle le félin fait la fortune de son maître grâce à son adresse.
C’est donc par l’entremise d’écrivains bien inspirés, qui en font leur compagnon favori, que le chat retrouve la faveur collective. Impossible de les citer tous, ceux qui, de Prosper Mérimée, Edgar Allan Poe ou George Sand, à Cocteau ou Colette, en passant par Victor Hugo, Baudelaire, Verlaine ou Apollinaire, ne pouvaient se passer de leur « greffier » ou écrivirent de longues et admirables lignes sur lui. Nombreuses aussi sont les anecdotes, touchantes ou drôles, dont Daniel Lacotte nous régale.
Ce sont ces anecdotes, en allégeant et égayant un récit sérieux, chronologique ou thématique, qui font à mes yeux l’un des attraits majeurs de ce livre. Comment ne pas succomber, à titre d’exemple, à la légende racontant comment, alors que sa chatte s’était assoupie sur la manche de son vêtement, le prophète Mahomet aurait coupé cette manche, plutôt que de déranger la belle endormie ? Ou à cette tradition perse, qui affirme que « le chat naquit de l’éternuement d’un lion » ?
En guise de conclusion, rappelons, comme l’auteur ne manque pas de le faire, qu’on ne saurait parler, pour cette créature précise, de « domestication », mais plutôt d’une cohabitation avec l’homme acceptée par le chat : le chat a choisi librement de vivre aux côtés des humains. En effet, le chat apprivoisé ne continue-t-il pas, encore aujourd’hui, d’aimer montrer ostensiblement son indépendance, voire son apparente indifférence ?
Un ouvrage riche, très bien documenté, à réserver bien entendu aux félidophiles, aux catto-dépendants ou autres félino-curieux…
a. de lastyns
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Daniel Lacotte, Le Chat et ses mystères, Albin Michel, novembre 2009, 197 p. – 12,00 € |
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