Dämon / El funeral de Bergman (Angélica Liddell)

Dämon / El funeral de Bergman (Angélica Liddell)

© Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon 

Entre sacralisation et gesticulation

Le spectacle s’ouvre par le long barrissement plaintif d’un instrument ; puis le pape considère lentement les objets qui occupent la scène : une cuvette, un broc, les fauteuils roulants qu’il compte soigneusement. Des phrases projetées sur le fond de scène énoncent le thème du spectacle : la souffrance de ceux qui ont été tués, torturés, dont les fantômes viendront hanter nos rêves.
Angelica Liddell porte la vasque au milieu du plateau, se lave les fesses, recueille l’eau dont elle bénit le public. Vient ensuite la longue litanie des citations et malédictions des critiques. Une grande imprécation sur notre pusillanimité, sur la facticité de nos stratagèmes affectifs qui nous détournent de tout rapport à l’au-delà.

Sur scène s’organise un ballet de fauteuils roulants ; ceux qui les conduisent, des hommes en costume noir, ont une attitude hiératique ; la seule enfant présente sur scène, sur une chaise roulante, garde les yeux bandés. La chair est crûment exposée ; de jeunes femmes se dévêtissent pour prendre des poses devant ou sur des personnes âgées ; il s’agit d’un rituel pour conjurer ou maudire le temps.
Le propos oscille entre mise en mouvement de phrases extraites de Bergman ou de Strinberg, ce que la metteuse en scène sait faire, et éructations gratuites, gesticulations réitérées. L’autrice dessine des tableaux empreints de solennelle nudité, comme des palimpsestes vivants de paroles devenues par cette monstration sacrées.

Une déclaration d’amour à Bergman, à l’art, au public, également, dans des moments offertoires, censés nous réconcilier avec la vitalité. Dommage qu’elle ne puisse s’empêcher de s’écouter, comme au cours de ce long final redondant.

christophe giolito

Dämon / El funeral de Bergman

un spectacle d’Angélica Liddell
en espagnol, français, suédois, surtitré en français

Avec Ahimsa Yuri Ananiev Nicolas Chevallier Guillaume Costanza Electra Hallman Elin Klinga Angélica Liddell Borja López Tina Pour-Davoy Sindo Puche Daniel Richard Nemanja Stojanovic et la collaboration de l’habilleuse du Dramaten Erika Hagberg et de David Abad et les figurants Patricia Burkhalter Francine Billard Paule Coste Jean-Luc Coutton Léa Delaporte Annette Ecckhout Christian Ecckhout Louise Greggory Jeanne Heuclin Pierre Hoffmann Dominique Houdart Manon Hugny Daphné Lanne Françoise Loreau Perrine Mechekour Julia Pal Kenza Vannoni et la violoncelliste Laura Meilland et les enfants (en alternance) Axel Delage (27 sept, 3, 6 oct) Adam Ghosn-Sordet (26, 28 sept, 1er, 4 oct) Ange Tomasini (29 sept, 2, 5 oct) et la voix de Jonas Bergström.

Au théâtre de l’Odéon-Théâtre de l’Europe, Place de l’Odéon 75006 Paris, 01 44 85 40 40

du 26 septembre au 6 octobre 2024 durée 2h ; du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 15h ; relâche le lundi ; représentations surtitrées en français et en anglais le samedi 28 septembre, le jeudi 3 et le samedi 5 octobre.

Lumière Mark Van Denesse son Antonio Navarro assistanat à la mise en scène Borja López traduction pour le surtitrage Christilla Vasserot production Gumersindo Puche.

Créé le 29 juin 2024 au Festival d’Avignon production Atra Bilis / Iaquinandi SL coproduction Festival d’Avignon, OdéonThéâtre de l’Europe, Teatros del Canal – Madrid, Théâtre de Liège, Théâtre dramatique royal – Dramaten / Stockholm, Grec – Festival de Barcelone coproduction internationale Prospero – Extended Theatre* remerciement The Ingmar Bergman Foundation Multicapacitats * Prospero – Extended Theatre est un projet cofinancé par le programme Europe créative de l’Union européenne.

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