Alberto Martini, La danse macabre (exposition)
Visages et corps au maintien pâle et sans pouls laissent se deviner l’infime trace de l’intense effort consenti afin d’y conserver les traits omniscients de la chair attaquée du lombric qui la pénètre en saillies. Pour Alberto Martini, en scènes d’ensemble, la terre est désertée sinon de cadavres. Elle ressemble à quelque termite géant face aux côtes décharnées des Adam.
D’où cette perte ultime d’anatomie de l’icône. Colombes et papillons se sont envolés. Paysages, plaines et rivières sont égarés. Restent sang noir et cendres hantés par la peur de l’éphémère.
Le corps et le cerveau des plus qu’épuisés sont dévorés par le monstre rictus grimaçant. La bête immonde est en place : inutile de résister, elle souhaite la Mort contre toute morale et ronge des organes de la rate, de l’intestin, du foie que chacun cesse de faire fonctionner séparément de la naissance, de l’abîme et de l’après.
C’est déjà comme trop de corbeaux sur de vieilles épaules sur le charnier d’horizon comme une terre d’accueil. Des mains étrangères se tendent vers le vide. La nuit n’est pas moins longue dans ces cimetières car la mort est plus forte que l’homme.
Ceci est encore les corps mais ils n’ont plus de sang et pas seulement leur prière. Ils sont passés du demain à l’hier, à ceux à celui qui n’est plus qu’amour que parmi les morts. Preuve pour l’artiste que l’injustice de la vie qui dure demeure sans pitié dans la mort.
jean-paul gavard-perret
Alberto Martini, La danse macabre, Castello Sforzesco, Milan, du 21 octobre au 19 janvier 2025.