Coffret 2 DVD Le Grand blond
Quoi de plus naturel que de retrouver ces deux films réunis dans un coffret ?
Le coffret Le Grand blond, premier volume d’une collection consacrée à Pierre Richard, est un must. D’abord parce qu’il réunit deux films que personne n’a oubliés, ensuite parce que l’esthétique, bien que sobre, est parfaite. Un véritable objet.
Le Grand blond avec une chaussure noire
Je peux vous dire ce que vous allez chercher demain matin à l’aéroport, mon petit Perrache : un piège à con !
Ces propos, tenus par le colonel Toulouse (Jean Rochefort) à son plus fidèle lieutenant, Perrache (Paul Le Person), sont pour contrecarrer l’ambition sans limite de Milan (Bernard Blier), le grand vizir qui rêve de devenir calife à la place du calife, et vont chambouler la vie du violoniste François Perrin (Pierre Richard). Car Perrache va commettre l’irréparable. Il doit trouver un anonyme qui se transformera en agent très spécial. Et il doit faire son choix.
J’ai préféré un grand blond avec une chaussure noire, à un grand Noir avec un loden vert.
L’erreur, l’erreur. Perrin est un nigaud de première. Et les deux gorilles de Toulouse, Poucet et Charmant, ne vont pas arranger les choses. Pendant ce temps, l’étau autour de Perrin se resserre. Christine (Mireille Darc), le meilleur agent de Milan, est chargée de le séduire. Heureusement, Maurice (Jean Carmet), le meilleur ami de François, veille. Sa femme aussi, Paulette (Colette Castel), qui est, par ailleurs, sa maîtresse qu’il veut quitter.
Les uns veulent tuer François, d’autres veulent le protéger. Puis, comme dans toute comédie, celui qu’il fallait tuer hier, devient celui qu’il faut protéger aujourd’hui. Il y a pléthore de pistolets dégainés et Maurice devient fou. D’autant qu’il entend sa femme faire l’amour dans une camionnette de fleuriste. Et Perrin, dans cette histoire ? Il est amoureux d’une femme, Christine, et se sent une âme de compositeur.
Le Retour du grand blond
On avait quitté François Perrin à l’aéroport, en partance pour Rio de Janeiro, avec pour bagage, une malle dans laquelle se trouvait Christine. Milan est mort. Cambrai (Michel Duchaussoy) fait son apparition. Cambrai qui croit aux valeurs de la France et rêve de destituer Toulouse. Pour ce faire, il convainc le nouveau ministre de la Défense (Jean Bouise) de ramener l’agent François Perrin de Rio pour, soi-disant, le féliciter. Perrin ne doit alors pas revenir vivant. Poucet est mort dans le premier volet. Amateur de petits cailloux, il n’appréciait pas de jouer avec des balles. Il a été remplacé par Prince.
Prince et Charmant, duo aussi complémentaire que pathétique, s’envole pour Rio. Son rôle : éliminer François Perrin. Devant le machiavélisme de Cambrai, il faut alors changer de cap. Perrin sera ramené vivant. Avec un rang à respecter : celui d’agent secret français. Pour s’assurer sa soumission, Toulouse fait enlever Christine. Les dés pipés sont jetés. Notre grand blond débarque à Paris sous le regard déstabilisé d’un ministre qui avait déjà « oraisonné funèbre » à l’occasion d’un simulacre d’enterrement :
François Perrin, tu paraissais éternel ! Non, François Perrin, tu n’es pas mort pour rien !
Ce ministre atypique, qui va jusqu’à payer ses impôts (Il faut vraiment qu’il se distingue, cet ahuri !), allusion à l’affaire du moment, l’Affaire Chaban-Delmas – dans cette affaire, l’ancien homme politique affirmait être non imposable malgré une retraite de général, un salaire de maire de Bordeaux, une retraite de Premier ministre et un salaire de député – hésite à revenir à l’Agriculture, ses premières amours, devant l’incompréhension totale qu’il rencontre.
Aussitôt arrivé, le piège se resserre sur Toulouse. Le grand blond partira en mission dont il ne pourra s’en sortir. Toulouse contre-attaque. Cambrai est une petite nature et il va lui montrer de quel bois se chauffent les durs. Maurice, l’arme secrète de Cambrai, tarde à se soumettre. Christine hante toujours autant François Perrin. Sa seule sortie possible, dans cet imbroglio de première, serait alors de se débarrasser et de Toulouse, et de Cambrai. Or François Perrin est un nigaud. Mais un nigaud audacieux. Et c’est bien connu, la chance sourit aux…
Bonus, bonus…
Tout le monde connaît les films. Sortis en 1972 pour le premier, puis en 1974, pour le second, ils n’ont, ni l’un ni l’autre, pris une seule ride. Un regard néanmoins critique, remarquera que, comme dans bien des cas, le second opus est moins réussi que le premier. Les blagues paraissent éculées dans Le Retour du grand blond, alors qu’elles coulaient de source dans Le Grand blond avec une chaussure noire.
Cela dit, les bonus des deux DVD sont de véritables petits bijoux qui apportent une nouvelle vision des films. Ce sont de vrais bonus, qui n’ont rien de gratuit. Cela tient peut-être à ce qu’avant l’existence du support DVD, les fims étaient tournés sans l’arrière-pensée des bonus. « François et Christine » révèle de bien beaux secrets tout en anéantissant un vieux mythe. On en apprend plus sur la complicité entre Pierre Richard et Vladimir Cosma. Et l’on s’émeut à l’écoute d’Yves Robert.
Dans les bonus sont révélées les raisons du choix des noms des personnages. Si Poucet et Charmant ont été choisis d’après les Contes de Grimm, les autres espions ou membres de la Défense ont tous un nom de ville pour éviter toute ressemblance avec une personne réelle ou ayant existé. Ce qui n’est pas expliqué, c’est pourquoi telle ville plutôt qu’une autre. Un esprit dérangé peut y trouver une logique. Le colonel Toulouse est-il un winner ? À la fin du Grand blond avec une chaussure noire, on tire une balle dans le Milan et on joue à qui Perrache. Enfin, Cambrai est d’une bêtise…
Comme elle le dira plus tard dans une interview que l’on retrouve dans les bonus (François et Christine : dans le blond des yeux), Mireille Darc n’a pas une poitrine digne d’un décolleté. Alors, elle fait avec ses atouts. Une des nombreuses scènes culte est celle où Christine accueille François, pour la première fois, dans son appartement. Le temps s’arrête alors quand elle se retourne et que le spectateur, en même temps que François, découvre, souffle coupé, un dos dénudé jusqu’à mi-fesses, du meilleur effet. Pierre Richard explique la volonté d’Yves Robert. Ce dernier avait repoussé la rencontre entre les deux acteurs qui, au final, ne se sont vus pour la première fois que lorsque Christine ouvre la porte. La stupeur de François n’est pas feinte. Il la découvre en même temps que nous !
Que dire de plus ? La musique de Vladimir Cosma est assez célèbre pour avoir hanté l’esprit de tout un chacun pendant des heures entières. Le générique de chacun des deux films est de Gérard Majax, himself – un modèle du genre, à base de truculentes manipulations de cartes. Chaque rôle est un vrai rôle, et les seconds couteaux, des acteurs qui hantent les films noirs français (Ah ! Henri Guibet !). Et Bernard Blier dans tout ça ? Il en a voulu jusqu’au bout à Yves Robert d’avoir tué Milan et de lui avoir ainsi « épargné » d’aller à Rio…
Ce coffret contient :
DVD 1 – Le Grand blond avec une chaussure noire
Un film d’Yves Robert
Scénario co-écrit par Yves Robert et Francis Veber
Produit par Alain Poiré et Yves Robert
Avec Pierre Richard, Jean Carmet, Jean Rochefort et Mireille Darc
Musique de Vladimir Cosma
Bonus :
– La naissance du grand blond ; 43 mn
– François et Christine : dans le blond des yeux ; 15 mn
– bandes annonces du film
DVD 2 – Le Retour du grand blond
Un film d’Yves Robert
Scénario co-écrit par Yves Robert et Francis Veber
Produit par Alain Poiré et Yves Robert
Avec Pierre Richard, Jean Carmet, Jean Rochefort et Mireille Darc
Musique de Vladimir Cosma
Bonus :
– Pierre Richard & Vladimir Cosma : l’accord parfait ; 45 mn
– bandes annonces du film
Zone 2 – PAL – 16/9 compatible 4/3 – Format des films respecté 1.66 2.0 et mono – Dolby digital – couleur – 86 & 76 min – versions originales françaises (sous-titres anglais et pour sourds & malentendants).
julien vedrenne
Coffret 2 DVD Le Grand blond : Le Grand blond avec une chaussure noire & Le Retour du grand blond, édité par CGTHV, coll. « Pierre Richard » vol. 1, septembre 2005 – 29,99 €.