Claude Royet-Journoud, La Finitude des corps simples

Claude Royet-Journoud, La Finitude des corps simples

Cette vérité sans quoi la poésie n’est rien

T out part chez Claude Royet-Journoud d’un moi originel empêché et qui se sent seulement digne de laisser surgir – sur le plan de l’affect – une émotion cérébrale et son « pendant de poussière ». Néanmoins, le poète situe son travail non dans le psychique mais dans l’existentiel. Ce dernier est d’ailleurs lui-même révulsé dans un réalisme constitué de totems sans tabous. Ils perdent toute leur valeur sacrée et deviennent les colifichets – et les colis fichés – d’une poésie transgressive.
Tout commence par une forme d’inondation mentale : « La montée des eaux /repousse l’ordure / et fait surgir un corps oublié ». Refusant l’ornemental et le théâtral dans sa poésie, l’auteur sort d’un triple leurre : celui de la commémoration, du sacré et de la pensée. A la croyance et à la dévotion fait place un montage où le corps vénéré est remplacé par une imagerie plus primitive et profonde. Le poète renvoie non à la gloire céleste mais à des cérémonies païennes de l’ici-bas.

Exit l’Assomption. Nous sommes à la fois placés au sein de la réversion et du chantournement et portés vers le plus profond de nous-mêmes. Les corps s’engendrent et s’enchaînent les uns par les autres en une opération de conversion et de filiation. Le langage continue la recherche d’une vérité sans quoi la poésie n’est rien. Elle n’est en effet pas qu’une suite d’opérations formelles mais tente en priorité de dire ce qu’il en est par quelque chose d’exigeant voire d’abrupt et de déroutant.
Le texte « sonne » comme une note antéfixe dans un jeu d’ordre, de répétition à partir d’une matrice initiale et jusqu’au « jugement » dernier qui n’implique d’autre verdict que celui de la fin. Preuve que, dans sa conversion, la poésie ne sauve rien. Son « métier d’ignorance » vaut néanmoins la peine là où il s’agit de remplacer l’image par le mot-image afin que les choses soient claires.

jean-paul gavard-perret

Claude Royet-Journoud,  La Finitude des corps simples, P.O.L editeur, Paris, 2016, 96 p. – 13,00 €.

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