Christian Oster, Sur la dune

Christian Oster, Sur la dune

Voilà un roman qui porte haut les couleurs de Minuit : une intrigue évidente et incongrue, une écriture exclusivement attentive aux individus

Les amis de nos amis sont nos amis. Et depuis que nous travaillons le mercredi, le jour des amis c’est samedi. Dès le petit déjeuner, j’aime ainsi à retrouver, dans Libé, la chronique de Mathieu Lindon. Oui, le fils du père. Et exceptionnellement, début juin, Christian Oster, à qui le quotidien avait confié la page « Mon journal » pour y raconter les faits marquants de sa semaine.

Le rapport qu’on peut tisser avec les éditions de Minuit relève pour moi de l’amitié. On est généralement fidèle à un écrivain de cette maison, comme eux-même le sont vis-à-vis de leur éditeur. Ouvrir une de leurs publications, c’est se retrouver instantanément en terrain connu. Dans une relation parfois drôle, souvent exigeante, toujours élégante. Enfin, leur sobre pochette blanche, bleue et noire peut faire qu’on aime à être vu en leur compagnie.

Sur la dune s’inscrit dans cette collection. Sans en être le parangon, il en constitue un échantillon tout à fait représentatif. L’intrigue est incongrue et évidente à la fois : des êtres humains – comme des grains de sable balayés par le vent – vont et viennent, se rencontrent ou se séparent. Elle est surtout support d’une écriture exclusivement et scrupuleusement attentive aux individus. Une écriture de la Renaissance, en quelque sorte.

Qu’est-ce à dire ? Prenons la page 27, consacrée à un coucher de soleil sur l’océan :
je m’accordai, dans mon attente, une pause pour voir disparaître ce qui restait de rouge, puis de clarté, à partir de quoi le groupe au bord de la dune parut s’émietter, qui en vérité se scindait, les uns regagnant l’hôtel, les autres les maisons sur la dune. 
Voilà donc pour le soleil, qui n’existe que par ce que le « je » le veut bien, et qui n’a peut-être pas encore disparu que déjà « je » lui a préféré les hommes. L’océan maintenant, qui empêche, par sa proximité, qu’on le néglige tout à fait, soit qu’on lui fasse front, soit qu’on s’en détourne, soit qu’on le longe, toujours bien sûr il s’impose, me disais-je, sans cesse grondant, et même sa masse persiste, habitant l’œil qui prétend l’effacer, la conscience qui voudrait l’en extraire.
Un océan dont la réalité n’est donc reconnue que parce qu’elle contrecarre notre volonté. Mais qui de même échappe aussitôt à notre attention, au profit de l’introspection :
Et c’est bien ainsi, songeai-je, que s’attarde parfois en nous ce que nous quittons, tant il est vrai que nous quittons tout, toujours, et qu’à la fin la mémoire nous manque. 

Cette acuité face à un événement naturel aussi banal est décuplée lorsque Oster se concentre sur les relations humaines. Les situations créées par les éloignements ou rapprochements de ces existences bringuebalées par la vie, qu’elles soient cocasses ou douloureuses, sont décrites avec une minutie et une finesse constantes, et admirables.

Je ne ferai pas davantage de prosélytisme : en amitié, je me contente en général de présenter les nouveaux aux anciens, puis de laisser les atomes s’accrocher.

Bon été à tous, sur la dune ou ailleurs.

g. menanteau

   
 

Christian Oster, Sur la dune, éditions de Minuit, mars 2007, 191 p. – 13,80 €.

 
     

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